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1.1.- Mise en contexte
Dès le 20 février 2009, le GTC
s'était fixé trois étapes pour la réalisation de son mandat: 1)
l'harmonisation des points de vue de ses membres sur la question
constitutionnelle (fin mars-début avril); 2) le temps des consultations
et opinions des débats participatifs (avril-mai); 3) la rédaction du
Rapport final (juin-début juillet).
Cet itinéraire avait été confirmé lors de la rencontre des Commissions
présidentielles au Palais National le 19 mars 2009.
Nous rendons donc compte ici de
la deuxième étape de notre parcours.
Celle-ci comprend, pour l'essentiel, les rencontres et les consultations
formelles que le GTC a organisées et réalisées, soit sur son initiative
directe, via le Secrétariat général de la présidence et du Ministère de
l'Intérieur et des Collectivités territoriales, à l'intérieur et à l'extérieur
du pays, soit sur invitation ou sollicitation de groupes organisés ou de
personnalités (secteurs professionnels, société civile, médias, etc.). A quoi il convient d'ajouter les nombreuses
suggestions de modifications du texte constitutionnel (chapitres, sections,
articles individuels, etc.) qui auront été transmises au GTC par les soins de
son Coordonnateur ou par l'intermédiaire de l'un ou l'autre de ses membres.
En annexe, nous restituons la
chronologie et les lieux des rencontres et consultations formelles pour la
réalisation desquelles le Secrétariat général de la Présidence a été le maitre
d'Å“uvre (transport, séjour et contacts officiels – Intérieur et Représentation
extérieure). Nous y publions également
un éventail significatif des textes, positionnements et références soumis à
l'attention du GTC, soit directement soit via notre adresse électronique.
Les rencontres, consultations
et débats ont eu lieu à partir du 27 mars 2009 (Forum CONOCS / Collectif des
Notables de Cité Soleil) jusqu'au lundi 5 juillet (consultation auprès d'un
deuxième groupe de juristes et d'anciens constituants de 1987). Y ont pris part
les membres d'une délégation ad hoc du GTC.
A chaque fois, un compte rendu circonstancié est rédigé, transmis à tous
les membres du GTC pour informations et discussions, puis conservé au
secrétariat du GTC.
1.2.- La
démarche standard du GTC
1.2.1.- Rappel du
mandat
Dès la première rencontre, il
nous a semblé nécessaire et utile de rappeler, d'entrée de jeu, le contenu et
les limites du mandat du GTC créé par l'arrêté présidentiel du 18 février 2009 à
savoir:
«Conduire
une réflexion et animer des débats sur la Constitution de 1987, en vue de faire
des recommandations au chef de l'Etat en tenant compte des analyses et
recommandations provenant des études et débats produits à propos de la
structure, du contenu et de l'application de la Constitution de 1987».
Ce n'aura pas été une
précaution superflue, car souvent, nous avons dû prendre le temps d'expliciter
notre mandat pour contrer et évacuer la croyance entretenue ici et là,
l'illusion ou le soupçon que le GTC avait pour mission de "réécrire" la
Constitution de 1987 ou, en termes politiques plus crus, de produire une
nouvelle Constitution. Disons-le tout
net: cette hypothèse (au début largement répandue) s'accompagnait d'un
corollaire sous-jacent: cette "nouvelle Constitution" serait
"taillée sur mesure" pour l'actuel détenteur du Pouvoir exécutif
présidentiel, à qui serait ainsi facilitée la prétention d'un troisième mandat
dans la foulée de la réforme constitutionnelle.
Nous pouvons affirmer qu'à travers les rencontres et débats, le GTC est
parvenu à asseoir sa crédibilité via la transparence de son mandat et son autonomie
de réflexion et d'action.
1.2.2.- Le Cadre des rencontres et débats
Après un rappel succinct de l'arrière-plan historique de la question
constitutionnelle (en particulier la genèse de la Constitution de 1987, sa
trajectoire mouvementée et en dents de scie au cours des vingt-deux dernières
années ainsi que la mise en branle d'une dynamique de réflexion par le
Président Préval depuis juin 2006), le GTC s'est mis d'accord pour centrer les
échanges sur les trois thèmes suivants:
- Le régime politique;
- La gouvernance
administrative;
- Les problèmes spéciaux
(Armée/ forces de sécurité; nationalité /double nationalité;
procédure d'amendement; cour constitutionnelle, etc.)
1.1. Sous la rubrique "régime
politique", le GTC a évoqué les éléments essentiels du "dilemme
constitutionnel" (mis en circulation par le rapport Moise / Hector, 2007), à
savoir le déséquilibre structurel entre Pouvoir exécutif et Pouvoir législatif
(source de dysfonctionnements institutionnels) ancré dans la Constitution de
1987. Dans le souci de faire barrage au
retour de "l'absolutisme ou de l'autocratisme présidentiel" des années 1957 à
1986, celle-ci a érigé un Parlement pratiquement omnipotent
face à un Président, certes responsable du fonctionnement des
institutions (art. 136), mais dont la capacité d'intervention
constitutionnelle, corrective ou réactive, aura été singulièrement restreinte
par l'absence de leviers institutionnels correspondants.
Comment corriger ce
déséquilibre? Par quels voies et moyens? Pourrait-on résoudre le "dilemme
constitutionnel" sans mettre en cause la nature du régime politique mixte (à
cheval sur le présidentialisme et le parlementarisme) établi par la
Constitution de 1987)?
Telles sont les interrogations principales (sans préjudice d'autres
connexes) soumises à l'attention des participants aux rencontres et débats.
1.2.- La gouvernance administrative
s'entend du dispositif global qui, dans la Constitution de 1987, assure
l'exercice de l'autorité administrative et économique par l'Etat et
les collectivités territoriales. La décentralisation étant une
innovation institutionnelle majeure consacrée par cette Constitution, le GTC a
mis l'accent sur la complexité et l'enchevêtrement des mécanismes
institutionnels établis à cet effet ainsi que leurs implications pour
l'exercice concret du pouvoir au niveau central et local. Sans compter que la mise en place effective
de ces mécanismes requiert des ressources humaines (adéquates) et matérielles
d'une ampleur inégalée, difficilement accessibles à un Etat haïtien affaibli et
désarticulé.
N'y aurait-il pas lieu
d'élaguer, d'alléger voire de simplifier ces mécanismes afin de rendre la
décentralisation plus malléable, plus fonctionnelle, plus réaliste,
c'est-à-dire plus adaptée aux capacités de performance connues et disponibles
(dans un avenir prévisible) de notre appareil étatique administratif? Il est
entendu que cette interrogation principale considère pour acquise la volonté
politique de mise en Å“uvre de la décentralisation comme nouvelle orientation de
l'organisation politique globale du pays.
1.3.- Parmi les "problèmes spéciaux", la question de l'armée / forces de sécurité et celle de la
nationalité / double nationalité constituent les deux thèmes récurrents majeurs
au cÅ“ur des rencontres / débats.
Le GTC a abordé la question
de l'armée sous l'angle de la nécessité institutionnelle de "Forces de
sécurité nationale". Celles-ci
comprendraient la constitution de divers corps spécialisés, des forces de
police et des corps de sécurité officielle et institution publique. Tout en prenant acte de la situation de fait
actuelle (la suppression inconstitutionnelle des "Forces Armées d'Haïti"), il
n'en reste pas moins que tout nouvel aménagement constitutionnel ne saurait
faire l'impasse sur le Titre XI de la Constitution de 1987 (" De la Force
Publique"), et singulièrement de l'article 263 qui prévoit deux corps
distincts: l'armée et la police.
Sans préjuger des conclusions
de la Commission présidentielle sur la Sécurité, le GTC a laissé libre cours
aux échanges sur le rétablissement ou non de l'armée, sur les fonctions
souhaitables d'un tel corps armé, sur sa composition, sur son articulation avec
la PNH actuelle, etc.
Quant à la question de la
nationalité / double nationalité, elle a concerné essentiellement les interrogations
relatives à la nationalité d'origine, la
perte de la nationalité haïtienne et, bien sûr, l'octroi de la double
nationalité aux ressortissants haïtiens de la "diaspora", bref tout ce qui
est couvert par le Titre II ("De la nationalité haïtienne") de la
Constitution de 1987, y compris ses nombreuses implications pour l'éligibilité
aux fonctions électives.
1.2.1.- Les prises de paroles
et les positionnements des participants: Une synthèse
Cette synthèse
s'entend d'un aperçu indicatif, non d'un compte rendu proprement dit. Lequel
aurait pris appui sur des transcriptions sonores ou verbatim- ce dont le GTC
s'est d'emblée abstenu. En effet, lors de chaque rencontre, des membres de la
délégation du GTC établissent un aide-mémoire circonstancié, qui est ensuite
distribué à l'ensemble de la commission pour information, avis et commentaires.
La synthèse présentée ici découle de la compilation des différents
aide-mémoires identifiés pour la période.
Nous n'aurons pas la
prétention de vouloir refléter, au détail près, l'éventail des réponses et
opinions de participants d'origine diverse et caractérisée (à l'intérieur du
pays et dans les communautés haïtiennes de l'extérieur du pays) et de statuts
également divers. Aussi s'avère-t-il indiqué d'en fournir un signalement, ne
serait-ce qu'à grands traits.
En nombre: leur
présence peut avoir varié d'une douzaine à plusieurs dizaines de personnes
(CONOCS, Syndicalistes, agents éducatifs, Rotary Club de Port-au-Prince,
Fort-Liberté, Québec, Santo Domingo, etc.), parfois entre 50 et 60 (par ex.
Hinche/Mirebalais,), voire autour d'une centaine (Montréal, Port-de-Paix), de
deux cents (Jacmel) à plus de 300
participants (par ex. Cap-Haitien).Ce signalement indicatif n'inclut pas des
délégations restreintes de groupes sectoriels établis (Juristes, Société
civile, Organisations citoyennes, etc.) Au demeurant, rappelons pour mémoire
que le temps disponible et des circonstances adverses (saison pré-cyclonique)
n'ont pas laissé au GTC le loisir de prolonger l'éventail des rencontres (Grand'Anse, Nippes, Sud,
Artibonite, Miami, New-York, etc.), tel que projeté et planifié originellement
et que nous avons dû sacrifier à contrecÅ“ur pour permettre à l'Exécutif de
faire face aux contraintes des délais constitutionnels.
En Statut: une première
démarcation évidente: celle de l'extérieur (Montréal, Québec) avec une
présence majoritaire d'enseignants, de professionnels, de patriotes
« d'activistes", de personnes en situation de retraite ou de
préretraite professionnelle, quelques étudiants.
A l'intérieur du
pays: mis à part les groupes sectoriels identifiés comme tels, il
convient de relever la forte présence de représentants de CASECS ET d'ASECS,
mobilisés généralement via les délégués, vice-délégués et maires de ville.
Toutefois même si cette présence ne s'est pas voulue exclusive (comme par
exemple au Cap-Haitien où d'autres secteurs se sont joints à la
convocation: société civile, professionnels, organisations de jeunes et
de femmes, etc.), elle aura en partie fait écran à certains secteurs qui, non touchés
directement, auraient volontiers participé à la rencontre –débat avec le GTC.
1.3.- Thèmes et positionnements récurrents
Nous ne dirons pas
assez que cet exercice de restitution se concentre sur" les
idées-forces" ou" tendances lourdes" que nous avons
collectivement consignées. Nous n'entreprenons pas de les attribuer
spécifiquement ou régionalement à telle ou telle rencontre déterminée.
Occasionnellement, une idée, une approche ou un témoignage sortant de
l'ordinaire est mis en relief. D'une manière générale, du fait même de leur
récurrence, le GTC s'est appliqué à intégrer ces positionnements dans ses
argumentaires et recommandations.
1.3.1.- Sur le régime
politique
1.3.1.1. Président
- La question de la durée du mandat présidentiel: cinq(5) ans avec
possibilité d'un deuxième mandat consécutif.
- Pourquoi pas" Président et Vice-président"comme alternative
à" l'Exécutif bicéphale" (Président et Premier inistre) ?
- Peut-on envisager le droit de dissolution du Parlement par le Président
dans certaines conditions ?
1.3.1.2. Premier ministre
- Nécessité de la Primature ?
- Nomination du Premier Ministre comme" Epreuve"pour le pays
(« peyi a soufri")
- Nomination du Premier Ministre au sein du 2ème parti
majoritaire à l'issue de l'élection présidentielle.
1.3.1.3. Pouvoir Législatif
- Trop de pouvoirs au Parlement
- Critères de compétences à établir pour les parlementaires
- Nécessité du bicaméralisme ? Pourquoi pas"Chambre
Unique" ? (Chambre des représentants)
- Durée du mandat: 6 ans pour les sénateurs; 4 ans pour
députés, magistrats et CASECS.
1.3.1.4. Divers
- Trop grande fréquence des élections
- Regroupement nécessaire des partis politiques («yo pouse tankou
djondjon")
- Représentation départementale au niveau des ministères.
1.3.2.- Sur la gouvernance administrative
- D'accord avec la décentralisation, mais pas pour
« l'émiettement" de l'autorité. Pourquoi une" mairie à trois
têtes" ?
- Un seul magistrat
- Conflits d'autorité entre Maires/Casecs/Asecs. « Trop de
chefs".
- Revaloriser les ASECS
- Insuffisance de l'allocation budgétaire des Casecs.
- Pouvoir judiciaire et police de proximité au niveau local.
- Décentralisation à travers déconcentration des services
- Repenser les délimitations territoriales (p.ex. communes et
quartiers)
1.3.3.- Les problèmes spéciaux
1.3.3.1. La question de l'armée
- Demande rétablissement d'une force armée nouvelle (« Depi lame a
ale, peyi a chavire")
- Pas d'armée « kraze zo", mais profess
ionnelle, redéfinie comme force de sécurité publique
1.3.3.2. Nationalité et Double Nationalité
- En générale, consensus dominant sur principe double
nationalité.
- Préoccup
ations sur conditions d'éligibilité aux fonctions électives
1.3.3.3. Droits et Devoirs
Constat d'ensemble sur incapacité de l'état à faire respecter
les droits établis dans la Constitution. Ces droits seraient-ils vains?
1.4.- Perspectives
Très souvent, ces rencontres ont servi de « plate-forme" à
l'expression de besoins individuels et collectifs non satisfaits. Les
participants ne se sont pas cantonnés à des positionnements constitutionnels tels que définis par la démarche du GTC. Ces rencontres ont également permis de constater l'évolution de l'opinion publique (celle qu'il nous a été donné
d'identifier) sur la question de la
révision constitutionnelle souhaitable: la méfiance, voire une certaine
hostilité de départ a fait place à l'écoute empathique, voire à l'acceptation
proactive et intéressée. Mieux: il est même arrivé (par exemple,
Cap-Haitien, Montréal) que l'on s'inquiéta des" suites attendues du
projet de révision constitutionnelle. A ce sujet, le GTC s'est fait interpeller
(Montréal), par" mandat spontané", pour poursuivre un rôle actif au
delà de son mandat actuel. Nous traduisons cette demande comme le souci de voir
aboutir les propositions de réforme constitutionnelle à venir. Le GTC a rappelé
pour mémoire les prescrits du titre XIII de la Constitution de 1987
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