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Paul
Eugène Magloire, 30ème président d'Haiti et 33ème
chef d'état (les gouvernements militaires éphémères
on été exclus du comptage) naquit le 19 Juillet 1907
à Quartier-Morin, commune du Cap-Haitien, dans le Département
du Nord. Fils du général Eugène Magloire et
de son épouse née Philomène Matthieu, le jeune Paul
fit ses études secondaires classiques au Lycée Philippe Guerrier
du Cap-Haitien. Après une brève carrière dans l'enseignement,
il s'enrôla en 1930 à l'Académie Militaire de Port-au-Prince.
Il en sortit un an plus tard et reçut sa première commission
comme sous-lieutenant. Il sera promu lieutenant en 1933.
En 1935, il se retrouva au
Cap-Haitien comme sous-commandant de ce district militaire, position qu'il
maintint jusqu'en 1938 quand il fut promu au grade de capitaine et au poste
de commandant de ce même district. L'année suivant, il reçut
un diplôme de l'École de Droit de Port-au-Prince. En 1941, il fut transféré
à Port-au-Prince au poste de commandant du Pénitencier National
(aussi appelé Grand Prison), et en 1944, devint le chef de la police
de Port-au-Prince. La même année, il fut promu Major et nommé
commandant des forces militaires du département de l'Ouest.
A Port-au-Prince, il se frotta
avec l'élite haïtienne, se familiarisa avec le mécanisme
de l'engrenage politique et arriva même à maîtriser les rouages.
Deux occasions lui auraient été donc présentées pour
mettre à profit son apprentissage et son expérience politiques. La première se présenta
aux premiers jours de Janvier 1946, quand la population se souleva contre
le président Elie Lescot, il entra en scène, et appuyé
par un petit groupe d'officiers, finit par convaincre le président
en difficulté d'abandonner le pouvoir aux mains d'une junte de trois
membres dont lui-même (les deux autres étant le colonel Frank
Lavaud et Antoine Lévelt). Au sein de ce gouvernement provisoire, il occupa
la fonction de ministre de la Sécurité et de la Défense Nationale.
Il occupa la même fonction quand le même triumvirat refit son
apparition en 1950, à la suite du coup d'état contre Estimé. Si, en 1946, Lavaud fut le
personnage dominant de la junte, en 1950, cette dernière se retrouva
entièrement au service du colonel dont les actions, depuis 1946,
ne visait que l'accession à la présidence. Ainsi, quelques
mois après le coup d'état et dans le but de se faire élire
aux élections devant lieu le 8 Octobre 1950, Magloire démissionna
de la junte et se déclara candidat à la présidence.
Seul candidat d'importance, le "colonel qui a une histoire, beaucoup
d"ambitions et pas de parti" (Constitutions
et luttes de pouvoir tome 2, p. 308), et qui se trouve appuyé
par l'armée et l'élite mulâtre écartée des
affaires de l'état à la suite des événements
de 46, devint une force incontournable qui triompha facilement de
son opposant, un architecte d'obédience estimiste nommé Fénélon
Alphonse, devenant ainsi le premier président haitien élu
au suffrage universel.
Après trois jours
de festivités, le colonel reçut l'écharpe présidentielle
le 10 Décembre 1950, armé d'une constitution fraîchement
adoptée (voir: 28 Novembre), et résolu d'ouvrir les portes
du gouvernement aux classes négligées après 1946. Certains
se plaisent à dire que Haiti connut sa période de gloire
et son âge d'or pendant son mandat, période également
qualifiée de "kermesse". Il faut donc admettre que, à coté
de sa politique de conciliation des classes, le président Paul Eugène
Magloire se démena pour doter le pays d'une certaine infrastructure.
La stabilité politique qui marqua au moins les premières
années de son régime, la modernisation du pays qui attirèrent
des contingents de touristes et bon nombre de capitaux étrangers
stimulèrent l'économie. C'est dans ce contexte de boom et dans une
atmosphère de pompe et de faste qu'il célébra les
cent-cinquante ans (le tri-cinquantenaire) de l'Indépendance en Janvier
1954.
Magloire prêta aussi
une certaine attention aux classes défavorisées en construisant
dans les quartiers populaires des cantines et autres oeuvres à caractère
social. Il n'a pas pu cependant réaliser tous ses projets. Par exemple,
il n'a pas pu finaliser la construction du barrage de Péligre qui,
de son bassin de 69 mètres de haut et 328 de largeur, devrait irriguer
toute la plaine de l'Artibonite et faire fonctionner une centrale électrique.
Sur le front politique, Magloire
gouverna d'une main ferme en acceptant très peu de dissidences.
Par exemple, il musela ses opposants, et dans certains cas les persécuta
ou les emprisonna. François
Duvalier lui-même, dut, à plusieurs reprises, se mettre
à couvert, et Fignolé, le populiste leader des années
50, fut emprisonné. Sa manière de court-circuiter ses opposants,
les syndicalistes et les protestateurs lui a valu le titre de "kanson
fè" (pantalon de fer). Mais la repression n'atteignit ni l'ampleur
ni l'aveuglement de celle instaurée par le régime de 1957.
Quand, en Décembre
1956, Magloire accepta, à contre-coeur, de démissionner sous
la poussée de revendications populaires et par suite du manque de
support de quelques-uns de ses frères d'armes, le pays fut plongé
dans une crise qui persista au-delà des gouvernements provisoires qui s'ensuivirent
et de l'élection de 1957. A son départ d'Haiti, il demeura
quelque temps à la Jamaïque avant de se rendre aux Etats-Unis où
il résiderait jusqu'en 1986. Quoiqu'il ne s'est presque
jamais adressé directement au peuple haïtien pour l'inviter à
s'opposer au régime de 1957, le gouvernement de François
Duvalier l'accusa, dans les premières années du régime,
d'avoir organisé l'opposition et le rendit responsable des premières
vagues d'incursions des opposants et de la tentative du coup d'état
du 29
Juillet 1958. Pour ce, il fut déchu de sa citoyenneté
haïtienne. Celle-ci ne sera retablie qu'après le départ de
Jean-Claude
Duvalier en 1986. A son retour en Haiti, cette même année.
il reçut du CNG dirigé par le général
Henri Namphy, un accueil digne d'un ancien chef d'état. Il devint
même un conseiller spécial de ce dernier.
Paul Eugène Magloire
épousa le 18 Avril 1936, Yolette Leconte (née le 25
Juillet 1918). De cette union naquirent:
-
Raymond (13 Janvier 1937),
-
Elsie (29 Juillet 1938),
-
Myrtha (17 Juin 1940),
-
Paule (20 Mars 1944),
-
et Yola (10 Juin 1947).
Devenu aveugle au crépuscule
de sa vie, Paul Eugène Magloire, président d'Haiti du 10
Décembre 1950 au 6 Décembre 1956 rendit l'âme à Port-au-Prince,
le 12 Juillet 2001, à exactement une semaine de son 94ème
anniversaire de naissance (Voir: Fameux
disparus 2000-2002)
Publications
sur Paul E. Magloire
-
Benjamin,
George J. Le général Paul E. Magloire, sa politique de
la santé dans ses rapports avec la renovation agricole, 8 octobre
1950-8 octobre 1952.
Port-au-Prince:
Imprimerie de l'Etat, 1952.
32
p.; 24 cm.
-
Bernadin,
Raymond. Général Paul Eugène Magloire: une biographie
politique.
Montréal:
Editions du CIDIHCA, 1999.
[vii],
289 p., 23 cm.
-
Defay,
Louis. Yolette Paul Magloire. Première mère d'Haiti. Sa
vie, son oeuvre.
Port-au-Prince
: s.n., [1953].
85
p. ; 24 cm.
-
Dymanche,
Lyséas.
La puissance du Colonel Paul E. Magloire, fleur de l'armée
haitienne.
Port-au-Prince:
Imprimerie du commerce, [1950].
52
p. , 24 cm.
-
Jolibois,
Gérard. Considérations sur le programme du président
élu Paul Eugène Magloire.
Port-au-Prince:
Editions Henri Deschamps, [1952].
46
p. ; 20 cm.
-
Piquion,
René. L'actualité de Paul Eugène Magloire.
Port-au-Prince:
Editions Henri Deschamps, [1950].
5,
[1] p. ; 18cm.
-
Sergile,
Mme. Joseph. Pour une Haiti nouvelle. "Collection du tricinquantenaire".
Port-au-Prince:
Imprimerie. du Séminaire adventiste, [1954].
13
p. , 21 cm.
-
Service
d'information, de presse et de propagande. Gouvernement d'Haiti. Deux
ans au service du pays.
Port-au-Prince:
Service d'information, de presse et de propagande [1952].
279
p., 24cm.
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