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Membre de l’élite intellectuelle d’Haiti, Sténio Vincent qui vit le jour à Port-au-Prince le 22 février 1874, fut un avocat de profession.
Détenteur d'un curriculum vitae plutôt long, il possédait des compétences qui faisaient de lui un présidentiable pour l'époque. Avant son élection il fut:
1.- Président du Barreau de Port-au-Prince;
2.- Éditeur de « Haiti Journal », un quotieien qui publiait des éditoriaux dénonçant l'occupation américaine;
3.- Ancien diplomate à Paris et Berlin;
4.- Ancien président du Sénat de la République, ancien ministre de l’Intérieur;
5.- Ancien maire de Port-au-Prince.
Durant l’occupation américaine, il se rangea du côté de ceux qui voyaient dans le débarquement des marines et la mise sous tutelle des institutions de l’état, une nouvelle forme de colonisation. En s’y opposant et en intégrant l’Union Patriotique (un groupe réunissant des notables travaillant au rétablissement de la souveraineté nationale) il devint donc part de la petite minorité de sa classe.
Animé de sentiments nationaliste mais n'affichant jamais un comportement d'extrémiste ou d'anti-Américain, son élection¹ (18 Novembre 1930) par l’Assemblée nationale² à la présidence, n’a pas été empêché par les occupants
qui ont manipulé les différents conseils
chargés
de choisir
ses prédécesseurs.
Dès son investiture, le nouveau président entama des démarches visant à mettre fin à l’occupation. Durant son voyage à Washington DC en 1934, il aurait fini par convaincre le nouveau président américain, Franklin Delano Roosevelt. Au mois d'août de la même année, les marines et autre militaires américains évacuèrent Haiti.
Ce succès fut immédiatement obscurci par les relations teintées de sang avec le gouvernement de la république voisine dirigé alors par le général Rafael Leonidas Trujillo Molinas. Si la question des frontières avait pu être résoudre à travers un pacte signé le 27 février 1935, des milliers d'Haïtiens résidant à l'est de l'île, des travailleurs saisonniers pour la plupart, devinrent victimes
des sentiments
anti-haïtiens de nos voisins en se faisant, quelques deux ans et huit mois après la signature du pacte, lâchement assassinés.
La nouvelle du massacre réveillèrent des sentiments nationalistes chez presque tous les Haïtiens de l'époque. Grèves, manifestions d'étudiants, dénonciations publiques du président accusé de collusion avec Trujillo s'ensuivirent. Même la très jeune force armée attendait ses ordres. Vincent préféra gérer la crise à travers des négociations menées sous la tutelle des États-Unis,
de Cuba et du Mexique en
demandant simplement que le gouvernement reconnût qu'il eut effectivement un massacre (le gouvernement dominicain assimilait le massacre à un simple incident frontalier), que les responsables fussent sévèrement punis et que les familles des victimes fussent indemnisées. Dès lors, les opposants à son gouvernement se multiplièrent.
Se montrant très intolérant envers les journalistes et évoquant sa responsabilité de défendre les intérêts de la nation et la stabilité de son gouvernement, il réduisit la liberté de la presse en proclamant même, à des moments, la loi martiale à Port-au-Prince et ses environs pour mieux mater certains journalistes qui virent leurs journaux interdits et leurs confrères arrêtés quand ils ne
le furent eux-mêmes.
En fait cette campagne ne visait que ceux qui osaient
remettre en questions les actions de son gouvernement.
Malgré ses bavures, Vincent fut l'un des rares présidents à se pencher sur le sort des démunis en essayant de leur venir en aide. Durant sa présidence, des cantines furent scolaires se multiplièrent, des cités devant loger des pauvres furent constuites, des écoles furent créées. Il fit appel, par exemple aux salésiens et salésiennes en 1935 et 1936 pour pourvoir les jeunes d'une profession technique.
Sur le plan de
la diplomatie, il essaya d'entretenir des relations de bonne entente avec tous les pays du continent américain. L'accueil chaleureux reçut durant ses voyages témoignent d'un certain respect pour sa personne qui rejaillit sur tous les Haïtiens.
Évoquant son "travail constructif" et sa politique internationale, l'Assemblée nationale, en mars 1941, lui octroya un troisème mandat de cinq ans. Son premier mandat de six ans avait été
prolongé de cinq ans, suite à la promulgation de la constitution de 1935. Il déclina cette offre et se retira du pouvoir. Elie Lescot, son ministre à Washington lui succéda le 15 Mai 1941.
Au crépuscule de sa vie, Vincent, un célibataire endurci apparemment épousa, à la fin de juillet 1959, la veuve Maurice Etienne. Ce mariage, nié par ses proches, eut lié à l’hôpital du Canapé-Vert. Pendant sa présidence, à sa soeur, Resia Vincent, revenait le rôle de première dame.
L'ancien président expira le 3 septembre 1959 à Port-au-Prince. Il eut droit à des funérailles nationales.
Notes:
1.- Les candidats : Sténio Vincent, Constantin Mayard et Seymour Pradel. Alors qu’on pensait que le vote allait être partagé entre ces derniers, les parlementaires ont fait choix de Vincent au 4ème tour de vote.
2.- Vincent fut l’unique président à être élu par une Assemblée nationale durant l’occupation : Louis Borno et son successeur, Roy, ont été choisi par un conseil d’État acquis à leur personne.
3.- La photo de Sténio Vincent apparut dans les denominations d’une et de deux gourdes, en circulation entre 1935 et 1942. Imprimées par la American Bank Note Company, elles sont aujourd'hui très recherchées et d’une grande valeur pour les collectionneurs en général et les numismates en particulier. (voir aussi : Monnaies d’Haiti)
Publications sur et par Sténio
Vincent:
Rigaud, Milo. Contre Vincent. Port-au-Prince : Société
d’éditions et de librairie, 1946. 41 p. : illus. ; 21 cm.
Rigaud,
Milo. Sténio Vincent révélé par la justice et par l’opinion
publique. Port-au-Prince : Henri Deschamps, [1957] 97 p. : illus. ;
27 cm.
Vincent, Sténio Affaires Émile Rigaud; documents et pièces
judiciaires. Port-au-Prince : Imprimerie de l’Etat, 1947. 2 v. en
facsisms. ; 21cm.
Vincent, Sténio Discours de Me Sténio Vincent,
bâtonnier de l’Ordre des avocats du Barreau de Port-au-Prince. Port-au-Prince
: S. Vincent, [1928?] 98 p. ; 24 cm.
Vincent, Sténio Efforts et
résultats. Port-au-Prince : Imprimerie de l’Etat, [1938] 293 p. ; 22
cm.
Vincent, Sténio En posant les jalons. Port-au-Prince :
Imprimerie de l’Etat, 1939-45. 5 v. ; 22 cm.
Vincent,
Sténio Paroles d’un bâtonnier. Montréal : Editions de l’Arbre,
[1946] 246 p. ; 19 cm.
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