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Novembre
2003

Les Haitiens
ont
fait
1804
sans
le
concours
d'aucune
puissance
étrangère
de
l'époque.
Ces
dernières
n'avaient
d'ailleurs
aucun
intérêt
à
venir
en
aide
à
d'anciens
esclaves
ou
d'affranchis qui
non
seulement
remettaient
en
question
le
système
sur
lequel
reposait
leur
économie
et
ébranlaient
les
thèses
racistes
de
l'époque,
mais
aussi
et
surtout
voulaient
se
défaire
entièrement
d'un
gouvernement
colonial,
modèle
de
tous
les
gouvernements
coloniaux
du
début
du
19ème
siècle,
et
prendre
en
main
leur
propre
destinée.
Les
Haitiens
ont
fait
1804,
parce
qu'ils
avaient
compris
que
les
enjeux
de
leurs
actions
étaient
trop
importants
pour
ne
pas
réussir.
Tout
échec
conduirait
inexorablement
à
leur
annihilation
ontologique,
et
que
pour
réussir
l'union
de
ceux
et
celles
qui
aspiraient
à
la
liberté,
au
delà
des
barrières
épidermiques
et
économiques,
s'avérait
indispensable.
Ils
se
sont
unis.
Audacieux
et
astucieux, ils en sont sortis victorieux!!!
Depuis
lors,
les
rares
grandes
gestes
historiques
ne
furent
possibles
que
quand
les
fils
et
filles
de
ce
pays
prirent
la
peine
de
s'unir
ou se
laissèrent
imprégner
des
idéaux
de
Dessalines,
de
Christophe,
de
Pétion.
De
nombreuses
catastrophes
survinrent
quand
ils
ont refusé
de
s'asseoir
autour
d'une
même
table,
compromettant
plus
d'une
fois
cette
indépendance
chèrement
acquise.
A
quelques
jours
du
Bicentenaire
de
la
proclamation
de
l'Indépendence
d'Haiti,
les
Haitiens
ont
plus
que
jamais
besoin
de
comprendre
que
les
puissances
d'aujourd'hui
n'ont
aucun
intérêt
à
vraiment
voler
à
leur
secours.
Les
intérêts
nationaux
passent
avant
toute
action
philantropique
ou
geste
humanitaire.
Certaines
profitent
même
de
la
misère
du
pays
pour
réveiller
certaines
hibernantes
thèses
racistes;
à
d'autres,
sa
situation
politique
confuse
et
sa
désastreuse
économie
permettent
de
mieux
tirer
les
ficelles
de
la
diplomatie
et de
faire
chanter
ses
politiciens
et
son
élite.
Avant
toute
grandiose
célébration
du
Bicentenaire
de
l'Indépendance,
les
Haitiens
de
toutes
les
couches
sociales
et
idéologies
ont
vraiment
besoin
de
reparcourir
les
étapes
conduisant
à
1804,
et
de
faire
de
l'année
2004,
une
ré-édition
politique
de
cette
inédite
épopée.
Les
enjeux
sont
tout
aussi
importants.
Octobre
2003

Le
premier
voyage
sans
escale
entre
les
Etats-Unis
et
Haiti
fut
effectué
par
le
"Columbia",
un
monomoteur
conçu
par
un
Italien
émigré
aux
Etats-Unis,
Guiseppe M. Bellanca,
et
le
deuxième
avion,
après
le
"Spirit
of
Saint
Louis"
(voir
ci-dessous
note)
à
traverser
l'Atlantic.
Parti
de
New
York
le
Samedi
10
Juin
1933,
l'avion
piloté
par
le
Canadien
Errol
Boyd
et
transportant
à
son
bord
deux
passagers:
les
sieurs
R.
Lyon
et
H.P.
Davis,
devait
atteindre
Port-au-Prince
le
lendemain;
des
intempéries
cependant
l'obligèrent
à attérir
à
Saint
Marc
(Département de l'Artibonite). Pilote
et
passagers
durent
attendre
un
temps
plus
clément
pour
reprendre
le
voyage
vers
Port-au-Prince,
où
ils
furent
reçus
en
héros
par
le
président
Vincent
qui
les
décorait
de
l'Ordre
National
Honneur
et
Mérite,
et
par
les
membres
de
la
municipalité
de
la
capitale.
Le
président
Sténio
Vincent
et
le
magistrat
de
Port-au-Prince,
F.
Duvignand,
furent
invités
à prendre
place
à
bord
de
l'avion
pour
un
bref
survol
de
la
capitale.
Le
Columbia,
rebaptisé plus tard
"Maple
Leaf",
fut
détruit
le
25
Janvier 1934
à
la
suite
d'un
incendie
dans
l'usine
Bellanca
située alors
à Wilmington dans l'État de
Delaware, Etats-Unis d'Amérique.
Note :
Le "Spirit of Saint Louis", piloté par Charles A. Lindberg (1902-1974), fut le premier avion à relier New York à Paris durant une traversée qui dura 2 jours (20-21 mai 1927).
En
Haiti,
certains
résident
de
Port-au-Prince
eurent
le
plaisir
et
l'honneur
de
le
contempler
quand,
venant
de
Santo
Domingo,
République
Dominicaine,
et
piloté
par
le
fameux
Lindberg,
il
se
posa
sur
la
piste
de
Chancerelles
le
6
février
1928.
Sources :

- Corvington, Georges. Port-au-Prince au cours des ans. Volume 6 : La Capitale sous l'occupation. 1922 - 1934. Port-au-Prince : Imprimerie Henri Deschamps, 1987,
pp.
166-169.
- Lindbergh,
Charles
A.
The
Spirit
of
Saint
Louis.
New
York:
Charles
Scribner's
Sons,
1953.
[En
appendice,
figure
un
journal
de
bord
de
ses
différents
voyages]
- Smyth, Ross. The Lindbergh of Canada : the Erroll Boyd story.
Burnstown, Ontario
(Canada)
: General Store Publishers, 1997.
Septembre
2003

Au
tout
début
du
20è
siècle,
on
désignait, en Haiti,
les
pillards
de
la
chose
publique
par
le
terme
"consolidards". Quelques-uns
furent
soumis
à
une
enquête,
jugés
et
condamnés
à la suite du
fameux
Procès
de
la
Consolidation.
Toutefois,
ce
terme
disparut
du
vocabulaire
haitien
quand
certains
des
fameux
consolidards
[Cincinnatus Leconte
(1911-1912),
Tancrède
Auguste
(1912-1913),
Vilbrun
Guillaume
Sam
(9 Mars 1915 - 27 Juillet 1915)]
devinrent
chefs
du
pouvoir
exécutif.
Le
terme
a
disparu,
mais
les
biens et les ressources
de
l'Etat
restent
une
convoitise
pour
beaucoup
de
fonctionnaires
et
de
candidats
aux
postes
administratifs.
Certains
se lancent, avec une accélération frénétique dans l'accumulation de biens à
travers une exploitation
personnelle
et
maximale des ressources mises à leur disposition.
Le
terme
a
disparu,
remplacé
par
d'autres,
murmurés
ou
prononcés à haute voix
selon
le
climat
politique.
Aujourd'hui,
les
Haitiens
parlent
de
ces
"Gros
mangeurs"
pour
qualifier
ceux
et
celles
qui
s'adonnent
ou
profitent
de
la
corruption
politique.
Et
ceux-ci
se
rencontrent
dans
toutes
les
couches
sociales
et
toutes
les
classes
politiques,
ce
qui
entache
la
crédibilité
du
pays
sur
le
plan
international.
Disons toutefois, que la corruption politique n'est pas uniquement un fait haitien. Les "affaires", découvertes de pratiques politiques illégales (avantages fiscaux aux supporteurs d'une administration, octrois de contrats sans appel d'offre aux amis, trafics d'influence, financements occultes de partis politiques, emplois fictifs, détournement de fonds), polluent les journaux des vieilles démocraties
et
des
nations
tutélaires.
Sources :

- Jolibois,
Gerard.
L'Exécution
des
frères
Coicou.
Port-au-prince:
Imprimerie
Le
Natal,
1996;
pp.
15-16.
- Gédéon,
G.
Procès
de
la
consolidation.
Port-au-Prince,
Imprimerie
Edmond
Chenet,
1909.
- Terlonge,
Windsor.
L'affaire
du
dock
de
Bizoton.
Port-au-Prince
:
Imprimerie
de
l'Abeille,
1909.
Mars-Août
2003

Le premier chef d'état
Haitien de doublure¹ fut Charles Rivière Hérard (31 Décembre 1843 - 3 Mai
1844). Cet officier
possédait pourtant bien des atous pour être un chef exécutif responsable. Jeune
(il n'était agé que de quarante ans quand il arriva au pouvoir), ayant été l'un
des instigateurs de la révolte de Praslin, Rivière Hérard préféra laisser la
direction des affaires de l'état à son cousin Hérard Dumesle², également membre
du directoire de Praslin et ancien membre du gouvernement provisoire après le
départ du président Jean-Pierre Boyer (voir: 13 Mars 1843).
Hérard Dumesle fut l'un des
notables expulsés à la fin de la présidence de ce dernier. Toutefois, une fois
au pouvoir, il oublia vite les principes qui semblaient, jusque là guider sa vie
politique en se montrant extrêmement intolérant envers ses critiques et en
gaspillant le trésor public.
L'enthousiame que Rivière
Hérard et Hérard Dumesle avaient suscité en tant que révolutionnaires s'effritta
rapidement et se dégénéra même en résistance populaire. Dans la partie de l'Est,
leurs bavures firent bien des mécontents, et le mécontentement donna lieu à la
séparation et à la formation d'un nouvel état: la République
Dominicaine
Rivière
Hérard fut renversé du pouvoir
par la Garde nationale de
Port-au-Prince qui proclama
le général Guerrier Président
d'Haiti.
Notes :
¹ "De
la chute de Rivière
Hérard à l'avènement
de Soulouque, une politique
étrangère prévalut en
notre pays: appelée
'politique de doublure'.
Elle consistait à porter
au pouvoir un noir des
plus ignorants pour
diriger le pays en son
nom". (Dorsinvil,
Jean-Claude. Manuel
d'histoire d'Haiti,
p. 253)
²
Hérard Dumesle publia en 1824
cet ouvrage de 392 pages: Voyage
dans le nord d'Hayti; ou, Révélation des lieux et des monuments
historiques. Aux Cayes:
Imprimerie du Gouvernement.
Janvier-Février
2003

Avant le démarrage des négociations entre le gouvernement de
Jean Pierre Boyer (1818-1843) et la France en vue de la reconnaissance
de l'indépendance d'Haiti, cette dernière avait, en plusieurs occasions,
offert aux responsables Haitiens de régler pacifiquement le problème
de "Saint-Domingue".
En Octobre 1814, par exemple, elle invita le gouvernement de
l'Ouest dirigé par Alexandre Pétion à se ressaisir et revenir dans
son sillage en réintroduisant la "souveraineté absolue" de l'ancienne
métropole
sur l'île.
En 1816, elle revint à la charge et proposa une "souveraineté constitutionnelle".
En 1821, elle annonça au gouvernement haitien qu'elle était
décidée a "consacrer" l"indépendance d'Haiti, à condition
que des "droits de suzeraineté" lui soient octroyés et des idemnités
pour la "cession du territoire et des propriétés" payées.
Les Haitiens d'alors jugeaient ces propositions
ridicules , les démarches entreprises perfides et mettaient la
"nation
sous
ses
gardes".
Les négociations entre
le
gouvernement de Jean Pierre Boyer
et
la
France
démarrèrent
en
1824 et
débouchèrent sur l'Ordonnance de Charles X [17
avril
1825]
qui
réclamait,
en
échange
de
la
reconnaissance
de
l'indépendance,
la
forte idemnité de cent cinquante millions de francs payables "en
cinq termes égaux, d'année en année".
Cette ordonnance fut
critiquée aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur. L'une
de ces critiques émana du président américain de l'époque, John
Quincy Adams (1825-1829), qui, dans un message daté du 15 Mars, 1826
la qualifia "d'obscure combinaison pour obtenir
d'un prince étranger une souveraineté nominale" et y trouva
un
pretexte
pour
ne
pas,
lui-même,
reconnaitre
l'Indépendance
de
la
deuxième
nation
libre
du
nouveau
monde..
La France exploitera tous les avantages
de
cette
ordonnance alors qu'elle embourbera
Haiti en vidant complètement ses trésors publics.
Sources:
- Pièces
officielles relatives aux négociations du gouvernement français
avec le gouvernement haitien pour traiter de la formalité de
la reconnaissance de l'Indépendance d'Haiti. Port-au-Prince:
De l'Imprimerie du gouvernement, an 21 de l'Indépendance [1824]
- Coradin, Jean D. Histoire diplomatique d’Haiti 1804-1843.
Tome premier : la reconnaissance de l’Indépendance.
Port-au-Prince : Editions des Antilles, 1988.
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