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Janvier-Février 2004

Haiti vient de râter le Bicentenaire de son Indépendance. Une
occasion qui devrait être un moment de grandes célébrations et d'intensives
reflexions sur l'inédite geste conduisant à ce moment glorieux.
Qui aurait prédit en février 1986, en décembre 1990 et même
aux heures sombres de la fin de Novembre 1987 que 2003, l'année du précurseur
de l'indépendance, Toussaint Louverture, serait l'année de tous les malheurs,
et les premiers jours de 2004, année du Bicentenaire, verrait l'éclatement au
grand jour de nos divisions, donc de nos faiblesses (Une ironie quand on pense
à notre devise: "L'union fait la
force")
Nous avons vraiment de la peine à croire que nos
leaders politiques (gouvernement et opposition) sont si naïfs, si embourbés
dans leurs propres intérêts, ou pire,
d'une irresponsabilité aussi visqueuse qu'abérrante qu'ils ne font, par leurs
actions, que creuser la tombe de ce pays presque moribond. L'histoire retiendra
toutefois qu'ils ont failli à leur mission de porte-étendard des idéaux de
1804, en bloquant le pays et en invitant, sans penser sérieusement aux conséquences, l’étranger à s’immiscer dans nos affaires.
Février-Juillet 2004

Il faut remonter à l'année
1888 pour voir se développer une situation plus ou moins semblable à celle que
nous vivons aujourd'hui en Haiti: la perte du contrôle de la partie
septentrionale par le gouvernement central de Port-au-Prince. Le 5 Août de
cette année, une révolte prenant d'abord l'allure d'une protestation contre le
gouvernement de Lysius Salomon (1879-1888) éclata au Cap-Haitien. Elle se
transforma vite en une insurrection quand le général Séîde Thélémaque y prit le
contrôle, se dirigea avec ses troupes vers Port-au-Prince et força le président
en exercice à démissionner et à prendre le chemin de l'exil. Le gouvernement
provisoire qui se forma par la suite, organisa tout de suite des élections
auxquelles se portèrent candidats le chef des insurgés lui-même et un ancien
fonctionnaire, François Légitime. Leurs partisans qui n'avaient, par ailleurs,
aucune notion des règles du jeu démocratique, ne réculaient devant rien,
utilisant même la violence, pour parvenir à leur fin.
Dans la nuit du 28
Septembre, une échafourrée éclata entre les groupes rivaux près du palais
national et le général Thélémaque y laissa sa peau. Les populations du Nord, de
l'Artibonite, et du Nord-Ouest décidèrent alors de former leur propre
gouvernement sous le nom de "République Septentrionale d'Haiti" tandis que les
communes de Port-au-Prince et du Sud votèrent une nouvelle constitution et
élirent François Légitime chef du pouvoir exécutif d'abord et président d'Haiti
ensuite. La scission dura neuf mois.
Le pays ne s'en remit pas
tout à fait de cette troisième scission. Des foyers de rebellions continuèrent à
se multiplier à travers le pays, et bien souvent la présidence fut accordée par
l'Assemblée législative au chef rebelle le plus hardi ou menaçant. Une situation
qui dura jusqu'à l'occupation américaine (1915-1934).
Août - Septembre 2004

«Aux premiers jours d’octobre [1817], une goëlete soit-disant portugaise, venant de Sierra-Leone et se rendant à la Havane pour échapper à la poursuite d’un navire de guerre anglais, vint relâcher au Cap.
Les officiers du port se transportèrent à son bord et y trouvèrent 145 noirs entassés au fond de la cale, dans un état affreux. Le batiment ayant été reconnu pour être un négrier, tout l’équipage fut jeté en prison. Quant aux noirs, “La Gazette du Cap” [rapporta
que] : Les Haytiens (sic) s’empressèrent de leur oter les fers en leur disant qu’ils etaient libres et parmi des frères et des compatriotes…”
Les africains furent conduit à l’Acul du Limbé où tous les soins leur furent prodigués. Devenus Haytiens, il furent l’objet de la sollicitude de Christophe* …»
C’était donc notre Haiti IN ILLO TEMPORE!
Championne des droits
du peuple noir et
promotrice des droits
des peuples colonisés
de l'Amérique latine.
Octobre - Décembre 2004

Nous commémorons, ce 17 Octobre, le
198ème anniversaire de l'assassinat de Jean-Jacques Dessalines, et les vieux
démons qui ont été à l'origine de cet acte odieux s'activent fièvreusement ces
jours-ci pour replonger le pays, comme il fut le cas en 1806, dans une sanglante
guerre civile et exacerber les tensions dues à la latente scission sociale et
économique.
En 1806, l'intervention de
forces étrangères furent beaucoup moins patentes, nonobstant la bassese des
hommes de l'acabit d'André Rigaud¹. qui promettaient à Napoléon de ramener Haiti dans le
giron de la France moyennant une aide financière et militaire. Les protagonistes
de la crise d'alors avaient au moins à coeur l'intégrité des territoires qu'ils
gouvernaient².
Aujourd'hui, nos vieux démons
nous poussent à faire appel, de façon éhontée, aux étrangers, ceux-là qui nous
affichaient leur dédain ou ne manquaient jamais une occasion pour piller nos
trésors publics. Les ordres et contre-ordres viennent des couloirs des
ambassades des puissances occidentales.
Nous avons assassiné le
fondateur de notre Indépendance le 17 Octobre 1806. Durant des décades, nous
avons voulu enrayer son souvenir de la mémoire collective³. En cette année du bicentenaire de
notre Indépendance, nous sommes en train de profaner sa mémoire en faisant
nôtres les antipodes de ses idéaux.
Note : 
¹ Voir: Dates historiques: 17 janvier 1761 ² L'assassinat de Dessalines donna lieu à la scission du territoire avec Alexandre Pétion gouvernant l'Ouest et le Sud, et Henri Christophe dirigeant le Nord ³Voir Savez-vous que...: Octobre 2002

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