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Janvier-Mars 2005

Il fut un temps où le 1er janvier donna lieu à non seulement une célébration commémorative de notre Indépendance, mais était aussi et surtout retenu comme une journée d'action de grâces et de renouvellement des engagements pris par nos ancêtres, en plusieurs occasions, de vivre libres plutôt que d'être assujettis par une force étrangère.
Le discours ci-après que le président de la République d'Haiti, Alexandre Pétion (1770-1818), prononça à l'occasion du onzième anniversaire de notre Indépendance, le 1er janvier 1815, traduisit éloquememment cet élan de gratitude et ce renouvellement:
«Nous sommes ici réunis le premier janvier que l'année commence pour nous rappeler la plus sacrée de nos obligations: celle de remercier L'Être Suprême de nous avoir assisté de sa Puissance Divine, en protégeant nos armes contre l'oppression, la tyrannie et le joug avilissant de l'esclavage, et de nous avoir accordé avec la conquête de nos droits, l'Indépendance de notre pays. C'est le serment de la défendre, de périr plutôt que de la perdre que je viens prêter
en ce jour solennel, et qui sera répété à la même heure dans toutes les parties de la République.'
'Que ce serment soit le renouvellement du gage de notre (...) union, et de notre confiance; qu'il élève nos âmes dans les dangers, et qu'il soit le garant de notre sécurité dans la Paix.'
Haitiens! tant que nous serons animés de ce noble sentiment, nous serons invincibles contre nos ennemis de quelque côté qu'ils paraissent.»
Et il termina le discours par le serment suivant, répété par toute l'assistance:
«Jurons à l'Univers entier, à la postérité, à nous-mêmes de renoncer à la France, de mourir plutôt que de vivre sous sa domination. De combattre jusqu'au dernier soupir pour l'Indépendance de notre pays.»
SOURCE:
[Récit de la célébration du 1er. janvier 1915 à Port-au-Prince]. Port-au-Prince: Imprimerie du gouvernement, [1815]. Ce pamphlet fait partie de la collection du Département des Livres Rares Rares et des Manuscripts de la Bibliothèque Municipale de Boston (Rare Books and Manuscripts:: Boston Public Library)
Avril-Juin 2005

Le
premier
évêque
d'Haiti à
se
rendre
à
Rome
pour
une
visite
"ad
limina"(1)
fut
Mgr.
Jean-Marie
Guilloux
,
deuxième
archevêque
de
Port-au-Prince.
La
première
audience
de
Mgr.
Guilloux
avec
le
pape
Pie
IX,
eut
lieu
le
27
juin
1875.
Le
prélat
exposa
au
Souverain
Pontife
l'état
rassurant
et
les
progrès
de
ses
diocèses (2);
il
lui
parla
de
ses
oeuvres,
l'entretint
de
ses
espérances
et
remit
au
Pape
une
adresse
de
protestations
contre
les
attentats
commis
à
l'égard
du
Saint
siège,
et
signée
par
19.000
Haitiens.
Pape
Pie
IX
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Il
remit
également
au
Pape
une
cassette
contenant
6.000
francs
en
pièces
d'or,
produit
du
denier
de
Saint-Pierre (3)
en
Haiti,
somme
modeste
sans
doute,
mais
considérable
considérant
les
conditions
économiques
du
pays.
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Un
élève
de
philosophie
du
Petit
Séminaire
qui
l'accompagnait,
Henri
Poitevien,
présenta
au
Pape
une
bourse
de
600
francs,
fruit
d'une
collecte
entre
les
élèves
de
ce
nouvel
établissement.
L'archevêque
était
aussi
porteur
d'une
lettre
du
président
Michel
Domingue (
11
Juin
1874
-
15
Avril
1876)
au
Saint
Père.
Cette
visite
qui
dura
des
jours,
se
termina
avec
la
présentation
et
les
négociations
près
des
diverses
congrégations
des
affaires
intéressant
les
diocèses
d'Haiti,
suivie
d'une
dernière audience
avec
le
Pape
Pie
IX.
SOURCE:
Cabon,
Adolphe.
Mgr
Alexis-Jean-Marie
Guilloux,
deuxième
archevêque
de
Port-au-Prince
(Haïti)
.
Port-au-Prince
:
Archevêché
de
Port-au-Prince,
1929;
pp.
255-257.
NOTES
(1)
Visite
"ad
limina":
Du
latin
ad
limina
apostolorum
("au
seuil
[des
basiliques]
des
apôtres"),
désigne
la
visite
que
chaque
évêque
fait
tous
les
cinq
ans
au
Saint-Siège.
Cette
visite
est
d'abord
un
pèlerinage
sur
les
tombeaux
des
apôtres
saint
Pierre
et
saint
Paul.
Elle
permet
également
de
renforcer
les
liens
avec
le
Saint-Siège.
(2)
Mgr,
Guilloux,
archevêque
de
Port-au-Prince,
administrait
également
les
diocèses
des
Cayes,
des
Gonaives
et
de
Port-de-Paix.
Mgr
Hillion
fut
alors
le
titulaire
du
diocèse
du
Cap.
(3)
Denier
de
Saint-Pierre:
Offrandes
des
fidèles
du
monde
entier
destinée
aux
oeuvres
missionnaires,
aux
initiatives
humanitaires
et
aux
actions
de
promotion
sociale
du
Saint
Père;
elles
servent
aussi
à
soutenir
les
activités
du
Saint-Siège.
Juillet-Août 2005

Dans ces moments
de grandes tribulations, nous vous invitons à lire cette lettre de Leclerc (1) au Ministre de
la Marine, quelques mois seulement après le débarquement des troupes
expéditionnaires à Saint-Domingue. Signalons qu’au moment de sa rédaction, le
processus de déportations systématiques était déjà lancé, et tous ceux qui
osaient se soulever contre la présence de cette force étaient qualifiés de
brigands, devenant ainsi un condamné en sursis (2).
Au Quartier du Cap,
Le 29 Messidor (18 Juillet 1802)
Le Général en Chef au Ministre de la
Marine
Citoyen Ministre,
Vous trouverez ci-joint la lettre
originale que Toussaint écrivait au président de la commission de Constitution
lorsqu’il apprit que nous nous disposions à reconquérir Saint-Domingue. Si le
gouvernement français n’était pas parfaitement éclairé sur les venues de cet
ambitieux, cette lettre servirait à fixer son opinion.
Je vous envoie par le Conquérant, Borgella et
Collet, deux de ses constituants. Je vous ai envoyé par l’Union, Viard, autre constituant, ils
resteront en prison à Brest à la disposition du gouvernement français; je me
purge peu à peu.
La situation de
la colonie est bonne; le désarment des noirs s’opèrent sans bruit; quelques
brigands sont réfugiés dans les montagnes, mais ils sont isolés et n’osent
approcher (sic) des établissements.
Les Anglais de la Jamaïque ne voulant pas croire à la situation actuelle
de Saint-Domingue viennent de m’envoyer un de leurs faiseurs pour connaître au
juste notre position; comme elle est très bonne malgré les maladies qui
continuent leurs ravages affreux, je leur laisse tout voir. Ce qui les étonne le
plus c’est que je défende la colonie et que je châtie les perturbateurs avec les
noirs. Je n’en serais pas là si j’eusse fait arrêter Toussaint le jour où il
vint me trouver.
J’ai l’honneur
de vous saluer.
Leclerc
SOURCE:
Lettres
du général Leclerc commandant en chef de l’armée de Saint-Domingue. Paris,
Société de l'histoire des colonies françaises et E. Leroux, 1937; p.
194.
NOTES :
(1) Voir: Dates Historiques: Mois de Novembre
1802 (2) Voir: Savez-vous que... Juillet 2002
Septembre 2005

Dans les premières semaines du mois d'octobre 1937, des milliers d'Haitiens furent massacrés sur le territoire dominicain par les forces armées de ce pays avec l'aval du président Rafael Leónidas Trujillo (1930-1938; 1942-1952).
L'histoire, semble-il, est sur le point de se répéter si l'on se tient aux signes/faits précédant ce massacre. Mentionnons-en quelques-uns::
Le massacre d'octobre 1937 fut précédé par des déportations massives et sans discrimination d'Haïtiens(1). Depuis environ six ans, s'opèrent des déportations d'Haïtiens en violation des droits humains les plus élémentaires.
Un certain gouverneur de la province de Montecristi, Benito Monción, donnant libre cours à ses sentiments antihaïtiens, arrêta deux haitiens vivant dans sa province, les châtrant au vu et au su de tous(2); le 6 juin dernier, trois Haitiens ont été assassinés à l’arme blanche et trois autres blessés dans la communauté de Hatillo Palma (province
de Montecristi), et le 16 août dernier à Santo Domingo, trois jeunes compatriotes ons été sévèrement battus et brûlés vifs. Ils succombèrent quelques 10 jours après.
Haïti venait à peine de sortir d'une occupation qui a duré 19 ans avec une armée jeune; aujourd'hui, le pays est occupé et l'armée d'Haiti inexistante.
Le massacre avait été soigneusement planifié et une stratégie de défense du gouvernement dominicain, dans l'éventualité d'une réaction internationale, avait même été élaborée(3).
Le gouvernement haïtien réagit avec une faiblesse frôlant l'indifférence. Le président Sténio Vincent, un allié de Trujillo, sous la pression des membres de son propre gouvernement, sollicita les bon offices de Cuba, du Mexique et des Etats-Unis qui mirent sur pied une commission de réconciliation. Sans investigation sur le terrain, cette commission demanda simplement à Trujillo de payer une idemnisation de 750.000 dollars aux parents des victimes (4).
Et Le caudillo
reçut du congrès dominicain un vote de confiance pour son leadership dans les événements de la zone frontalière(5).
NOTES:
(1) Vega, Bernardo. Trujillo y Haití vol. I (1930-1937). Santo Domingo, República Dominicana : Fundación Cultural Dominicana, 1988; pp. 304-309. (2) Documentos del conflicto domínico-haitiano de 1937 / recopilación y notas, José Israel Cuello H. Santo Domingo, D.N., República Dominicana : Editora Taller, 1985; p. 10 (3) García Aquino,
Miguel. Holocausto en El Caribe : perfiles de una tiranía sin precedentes : la matanza de haitianos por Trujillo. Santo Domingo, R.D. : Editora Corripio, 1995; p. 115-117. (4) Settlement of the Dominican-Haitian controversy ... Washington, D.C., Pan American union. (5) Listin Diario, 17 dec. 1937 p. 1
Octobre 2005

L'Indépendance d'Haïti se retrouva compromise le jour où les autres nations commencèrent à s'immiscer dans nos affaires et nous imposer leurs diktats. Ironie du sort, la France, qui fut vaincue et ne s'est jamais résignée à la perte de sa plus riche colonie, en fut la première, et ce sur l'invitation même des leaders Haïtiens dont le général Alexandre Pétion, qui entama avec des émissaires
du roi Louis XVIII (1), une première ronde de négociations en vue de la reconnaissance de l'Indépendance.
Peu de temps après la publication des amendements à la Constitution du 27 décembre 1806, le vicomte De Fontanges et Esmangart, émissaires
du roi de France, lors une intense correspondance avec Pétion, s'arrogèrent le droit de critiquer, des articles de ce document, "Magna Carta " de la République,
-
en arguant, entre autres, qu'ils affectèrent l'autorité du roi de France etconstituèrent un acte d'hostilité contre l'Europe,
-
en assimilant la guerre de l'Indépendance(2) à une "guerre civile"
dues aux nombreuses aberrations de la Révolution de 1789 et un grand danger dans lequel se sont précipités les anciens esclaves de Saint Domingue et les affranchis,
-
et en considérant comme non avenues toutes les dispositions légales prises depuis l'indépendance, dont celles portant en elles «les
germes de notre propre destruction», et celles plaçant le «pays au rang des nations barbaresques».
Pas une seule fois, dans cette longue lettre, le mot Haïti ou Hayti n'est mentionné pour désigner un pays indépendant et souverain, au contraire les auteurs de la lettre ;continuèrent à désigner l'île par son appellation coloniale de Saint-Domingue.
En
nous préparant à commémorer le 199º anniversaire de l'odieux assassinat de Jean-Jacques Dessalines, en tenant compte de la situation actuelle d'Haiti, et en nous rappelant surtout le sabotage de la célébration du bicentenaire de notre indépendance, nous publions, pour votre édification, la lettre des émissaires, qui se présente beaucoup plus comme une apologie au roi de France,
une admonition aux Haïtiens pour avoir oser l'inimaginable, que comme un document diplomatique. Elle est suivie par la réponse du général d'Alexandre Pétion.
.- Lettre des émissaires De Fontanges et Esmangar; .- Réponse du général d'Alexandre Pétion
Notes :
(1) Petit-fils de Louis XV, fils du dauphin Louis et de Marie-Josèphe de Saxe, Louis XVIII, né Louis Stanislas Xavier de France, fut, à la révolution de 1789, comte de Provence, Il dut s'exiler en 1791 lors de la chute du roi Louis XVI. A la chute de Napoléon, la monarchie fut restaurée et Louis Stanislas devint roi de France sous le nom de Louis XVIII. Il rendit l'âme à Paris le 16 septembre
1824 et fut remplacé par son frère qui prit le nom de Charles X. Ce dernier signa l'ordonnance reconnaissant l'Indépendance d'Haiti en 1825.
(2)
Voir: Histoire d'Haiti: Période Française; Histoire d'Haiti: Vers l'Indépendance.

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