Janvier 2006

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Le grand foutoir politique de l’année 2005 fut l’organisation des élections
présidentielles et législatives avec un calendrier électoral remanié plus de
quatre fois. Le 8 janvier 2006 ayant été la dernière date retenue.
L’annonce du dernier report, faite le 30
décembre, confirme ce que bien de compatriotes pressentaient. Le processus tout
d’abord lent à démarrer, entiché d’erreurs et d’irrégularités, accompagné de
chantages sur les voteurs potentiels lors des inscriptions et parsemé de
litiges, ne pouvait que conduire à un fiasco.
Certains avancent même l’hypothèse de l’absence d’un
candidat approuvé par l’international (les Etats-Unis, La France, l’ONU, l’OEA
etc…). Ce dernier ne veut tout simplement pas d'une réédition de l’expérience de
1990, et perdre une fois de plus le contrôle des différentes allées du pouvoir
tombées aux mains de groupes non organisés et pas tout à fait malléables; d’où une
certaine appréhension.
Nul n’a su si bien exprimer cette appréhension que
Roger F. Noriega ¹, un porte-parole accrédité de ces entités, quand il préparait les
esprits, un jour avant l’annonce officielle par les autorités haitiennes, en
écrivant dans une colonne d’un grand quotidien de Miami:
«Les enjeux sont trop
énormes pour se lancer dans des élections précipitées. L’équipe électorale
composée de l'Organisation des États Américains, des autorités des Nations
Unies et d’Haiti peut toujours prendre un certain recul et son temps pour
réévaluer les grands et parfois décourageants défis qu’ils sont en train
d’affronter.» ²
A ce point, tout est possible
en Haiti. Nous nous étonnerions point
si le gouvernement de transition céde la place à une autre équipe qui retournerait à la case de départ du point de vue électoral,
aiguisant ainsi les souffrances du peuple haitien dans sa grande majorité et
semant encore plus de deuils dans les familles. Evidemment, on peut toujours
organiser ces élections, une fois les issues garanties.
En attendant la situation de
chaos fait l’affaire de plus d’uns. Des pays en profitent par l’élimination
d’un concurrent dans l’industrie touristique. D’autres en profitent par une
main mise ferme sur certaines institutions lucratives du pays. Des
organisations en profitent en donnant à leurs présence et démarches en Haiti
une raison à leur pathétique existence. Des associations mafieuses en profitent
en s’accaparant des espaces de non-droit créés par l’absence de l’État. Des
individus en profitent en accumulant des richesses sans trop grands efforts, et
surtout en prenant bien soin de les mettre à l’abri des inquisiteurs.
Le grand perdant demeure le citoyen Haïtien, encore attaché à ce coin de terre, dont la crédibilité s'érode encore plus, quand il ne paie ou ne voit un être cher payer de sa vie l'irresponsabilité ou la trahison des uns, la psychose revancharde des autres.
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Notes:
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¹ Roger F. Noriega est né à Wichita, Kansas (USA) en 1959. 1990 à 1993 : vice-représentant des Etats-Unis auprès de
l’OEA. 1994 à 1997, : cadres du
comité des relations internationales de la chambre des représentants des
Etats-Unis. 2001 à 2003 :
représentant permanent des Etats-Unis à l'Organisation des Etats américains ,
avec le rang d'ambassadeur. A ces titres, il joua un rôle non-négligeable
dans les crises politiques haïtiennes de 1991 et
2000. (Sources: Biography
Resource Center. Farmington Hills, Michigan :
Thomson Gale. 2006; Who's Who in America, 60th Edition. Wilmette,
Illinois : Marquis Who's Who; Carroll's Federal Directory. Washington DC : Carroll Publishing, 2005)
² The
stakes are too high to rush into elections. There
is still time for the combined team from the Organization of American States,
the United Nations and Haitian electoral authorities to reassess the daunting
challenges they are facing.” (‘HAITI: Good, orderly elections are worth waiting
for’ in Miami Herald; Dec. 29, 2005).
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Février-Mars 2006

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Ce 7 Février ramène le 20ème anniversaire du départ précipité de Jean-Claude Duvalier, mettant ainsi fin à un régime qui a duré plus de 28 ans. En liesse, ce jour là, nous pensions donc avoir relégué aux champs des mauvais souvenirs l’un des pires moments de notre histoire.
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Vingt ans plus tard, nous ne pouvons nous empêcher de penser à cette naiveté manifestée dès les premières heures de l’annonce, en croyant que ce départ, que nous croyions « ab intestat », viendrait également relâcher l’emprise du mal sur notre pays; une naïveté que nous payons aujourd’hui au prix de notre sang, de notre vie et de notre indépendance.
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Nous avons été naïfs de faire confiance à une junte mise sur pied par Jean-Claude Duvalier lui-même, et composée de personnalités nourries, protégées par le régime abhorré. Cette junte n’a pas attendu longtemps pour révéler son vrai visage et un agenda en flagrante contradiction avec nos attentes.
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Nous avons été naïfs de penser que l’Eglise, qui avait fait siennes certaines de nos revendications, continuerait à nous apporter le même soutien, oubliant que cette institution millénaire se complaît beaucoup dans le paternalisme que dans une authentique promotion sociale.
Nous avons été naïfs de penser que les exilés reviendraient au bercail avec une vision politique et sociale bien définie qui ferait une grande différence dans notre vie. Les faits ont montrés que non seulement, ils en étaient dépourvus, mais leur obsession du pouvoir les a rendus vulnérables, quand ils ne deviennent pas, des fois à leur insu, des agents travaillant contre nos intérêts.
Nous avons été naïfs de vouloir croire que les journalistes, une fois le mors enlevé, feraient un travail où transparaît sinon l'objectivité, du moins leur honnêteté. La presse haïtienne s’est révélée à l’image du pays : superficielle, partisane, divisive, défendant des intérêts mesquins et surtout se cachant derrière l'irrespectueuse et controversée organisation Reporters sans frontières.
Nous avons montrés notre naïveté, en nous tournant vers l’étranger pensant que nous avons finalement mérité de leur estime et confiance, et que la couleur de notre peau n’altérerait pas leur perception. L’étranger nous a utilisé au gré de ses fantaisies, nous a appris à nous déculpabiliser quand nous voyons en nos opposants, des ennemis à abattre par tous les moyens, et surtout à déclencher
des crises fictives qui finissent par se convertir en malheurs.
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Les élections de 1990 nous ont donné une autre occasion pour « jouer à la malchance »¹. Depuis lors, chaque geste politique que nous posons, chaque négociation que nous entamons, chaque accord que nous signons ne viennent qu’ajouter une maille à cette chaîne de malheurs déjà trop longue.
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Cette même naïveté nous a rendu inerte et, des fois, rétrograde dans un monde en constant changement, nous enfonçant beaucoup plus dans la misère.
Le pire, c’est que l’avenir n’est pas porteur d’espérance. Et c’est vraiment déconcertant!
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Avril -Mai 2006

La Navase(1), cette île d'une étendue de 18 km² située entre Haïti et la Jamaïque, et dont la réputation repose sur le guano, est un territoire en dispute depuis près de 150 ans. La Constitution du 29 mars 1987
fait d'elle une île adjacente de la République d'Haïti(2),
par conséquent, partie intégrante du pays,
alors que les Etats-Unis, sans aucun acte formel du Congrès américain, la considèrent, sinon une possession, du moins une dépendance américaine.
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Tout a commencé le 1er juillet 1857, quand Peter Duncan, un ressortissant américain et capitaine dans la marine marchande, débarqua dans cette île et en prit possession au nom de son pays.
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Une notification sur ce que Duncan et son agent, Edward K. Cooper, appelèrent leur découverte, fut envoyée au Département d'Etat le 3 décembre 1857.
Faustin 1er, alors empereur d'Haïti(3), envoya deux vaisseaux dans l'île avec ordre de déloger les Américains. Cooper immédiatement se tourna vers son gouvernement; et les États-Unis avertirent alors l'Empire d'Haiti, de leur volonté de défendre leurs ressortissants. Ils ordonnèrent à l'équipage de la frégate «Saratoga» de se diriger vers l'île. Des pourparlers débutèrent donc entre les deux gouvernements.
Le gouvernement Haitien par l'entremise de son agent commercial aux États-Unis, B. C Clark de Boston, défendit son droit de propriété sur l'île en arguant qu'elle appartenait à l'Espagne qui la céda, à la suite du traité de Ryswick à la France(4). Les territoires cédés à la suite de ce traité devinrent libres sous le nom d'Haiti. La réponse du gouvernement américain émana de John Appleton, alors
assistant-secrétaire au Département d'Etat. Dans sa lettre du 17 novembre 1858, il écrivit que l'île n'avait
jamais été colonisée par les Espagnols et les Français, ou habitée plus tard, par les Haïtiens. En fait, elle était totalement déserte quand Duncan en prit possession. Il conclut toutefois sa lettre en disant que l'acte de possession ne fait pas de la Navase une propriété permanente des États-Unis.
L'exploitation du Guano(5) continua, pendant les pourparlers, par la «Navassa Phosphate Company»(6). Haiti essaya à nouveau, en 1872, de faire valoir ses droits de propriété sur l'île, et reçut, du Secrétaire d'Etat Hamilton Fish, un refus formel. Depuis lors, les Haitiens, tout en maintenant que l'île leur appartient de
droit, semblent se désintéresser de son sort. La Navase
ne figure jamais dans les projets de développement du pays.
L'ancien
ministre des Affaires Étrangères du gouvernement Alexis/Préval, Fritz Longchamp, fut le dernier membre de haut niveau d'un gouvernement à en faire mention. Répondant à l'ambassadeur Timothy Carney(7) qui avait déclaré que l'île de La Navase «est sous la souveraineté américaine» et que en dépit du fait qu'Haïti la réclamait «en donnant les faits historiques, notre point de vue est supérieur aux
autres»(8), il avait simplement déclaré «Pour ce qui concerne
le gouvernement, La Navase fait partie du territoire national.»
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Sources:
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"Riot on Navassa island: a number of Americans Reported to Have Been Killed."
New York Times (20 Septembre, 1889). p. 5
"Driven to Desperation; a Story of the Riot at Navassa Island. Cruelties Like Those of the Inquisition Inflicted upon the Slaves of the Guano Company". New York Times (21 Octobre, 1889). p. 2.
Nichols, Roy F.. "Navassa: a forgotten acquisition". The Americain Historical Review. Vol. 38, No. 3 (Avril 1933, pp. 504-510. La perspective américaine y est présentée.
Paret-Limardo de Vela, L. "Quelques aspect des problèmes de la main d'oeuvre Haitienne" Journal of Inter-Americain Studies. Vol. 4, No. 1 (janvier 1962), pp. 121-144. La question de la Navase y est traîtée dans les pages 129-130.
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Notes:
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(1) Position de l'île: 18° 25 Nord, 75° 02 Ouest
(2) Constitution de 1987. Article 8 a
(3) Voir: Liste des chefs-d'état Haitiens
(4) Traité de Ryswick : Signé en 1697. L’Espagne reconnaît la souveraineté française sur Saint-Domingue.
(5) Guano: Matière constituée par les amas de déjection d'oiseaux marins, le guano est un puissant engrais. (Le Petit Robert: Dictionnaire alphabétique de la langue française.)
(6) Cette compagnie utilisa, pour l'exploitation du précieux guano, des noirs maintenus dans des condition de servitude. En 1889, ces derniers se révoltèrent. Voir articles du New York Times cités plus haut.
(7) Voir: Diplomates Américains en Haiti
(8) Haïti Progrès, Vol. 16 Nº 26 16 septembre 1998
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Juin -Novembre 2006

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En Haiti, on ne
retrouve aucun motif commémorant
Léger-Félicité Sonthonax(1), ce
commissaire qui a marqué l’histoire de Saint Domingue, alors colonie
française, durant la dernière décade du 18ème. siècle.
Aucune rue ne lui
est dédiée, aucun monument n’a été érigé en son honneur. La plaque portant son
nom qui a été apposée en 1989 sur l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince
par l’association « Mémoire de Léger-Félicité Sonthonax » disparut
lors de l’incendie de l’église en
janvier 1991.
Sur les milliers
de tableaux peints par des artistes Haitiens et consacrés à la révolution de
Saint Domingue, il n’y eut droit qu’à un seul.
Peint par Edouard
Duval-Carrié(2) en 1989, ce tableau de
grande dimension (180 x 200 cm), fut réalisé dans le cadre d’une coopération
artistique [lors] du bicentenaire de la Révolution [française], à l’initiative du ministère de la Coopération et du
Développement et du Musée national des Arts africains et océaniens sur la
suggestion de l’association « Mémoire de Léger Félicité Sonthonax ».
Il été présenté avec les autres œuvres de Duval-Carrié (en particulier deux
grand tableaux de Toussaint-Louverture) et les œuvres de deux artistes
africains au Musée de la Porte Dorée, du 9 juin au 4 septembre 1989 (Catalogue de
l’exposition « Révolution française sous les tropiques ».
Montreuil : Imprimerie Tipe, 1989)
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Source:
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Léger-Félicité
Sonthonax : la premiére abolition de l'esclavage : la Révolution française et
la Révolution de Saint-Domingue / textes réunis et présentés par Marcel
Dorigny. Saint-Denis : Société française
d'histoire d'outre-mer ; Paris : Association pour l'étude
de la colonisation européenne, 1997 ; p. 127.
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Notes:
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(1)
Sonthonax naquit le 17 mars 1763 à Oyonnax, un village situé
dans la partie méridionale de la montagne du Jura, dans le département de l’Ain.
Il eut assez d’audace pour proclamer la libération des esclaves, mais
essaya de dissiper les rêves d’indépendance de ces derniers. Devenu un agent dangereux aux yeux des colons et
de Toussaint Louverture, il fut expulsé de la colonie. Revenu en France, il
siégea au Conseil des 500. Essuyant toutes de déboires, il se retira dans son
département où il mourut le 28 juillet 1813. (Robert Louis Stein. Léger Félicité
Sonthonax : the lost sentinel of the republic. Rutherford : Fairleigh
Dickinson University
Press ; London : Associated
University Presses, 1985; Thérou, colon de Saint-Domingue. Dialogue entre les deux égorgeurs de
Saint-Domingue Sonthonax et Polverel. [Paris] : Imprimerie de Laurens, 1793; Conseil des cinq-cents :
rapports. Paris : [s.n.] ; 1795-1798)
(2)
Edouard Duval-Carrie est le peintre haitien peut-être le plus connu internationalement. Né à Port-au-Prince en 1954, il perfectionna son art dans les universités du Canada et de France. Ses tableaux sont exposé partout dans le monde.
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Autres références sur ce site:
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Voir les dates suivantes : 17 septembre 1792; 12 avril 1793; 20 juin 1793; 29 août 1793; 6 avril 1795; 7
septembre 1796; 22 août 1797; 28 juillet 1813.
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