1272.- Visite "Ad Limina" des Evêques d'Haiti: Mars 2008
Discours du Pape Benoît XVI.
Chers Frères dans l’Épiscopat,
Je vous souhaite une affectueuse bienvenue, au moment où vous effectuez votre
visite ad limina Apostolorum, occasion d’affermir votre communion avec le
Successeur de Pierre et entre vous, ainsi que de partager avec la Curie romaine
les motifs de joie et d’espérance, ainsi que d’inquiétude, vécus par le peuple
de Dieu confié à votre soin pastoral. Je désire tout d’abord remercier Mgr Louis
Kébreau, nouvel Archevêque de Cap-Haïtien et Président de la Conférence
épiscopale, pour les paroles qu’il m’a adressées en votre nom, évoquant la
situation du pays et l’action de l’Église. Je salue particulièrement les Évêques
qui viennent de quitter leur charge pastorale et ceux qui en ont reçu une
nouvelle. Ma pensée va aussi à vos fidèles, ainsi qu’à tout le cher peuple
haïtien.
Je voudrais rappeler le voyage en Haïti que fit mon prédécesseur, le Pape
Jean-Paul II, il y a vingt-cinq ans, au terme du Congrès eucharistique national,
évoquant le thème central de ce rassemblement: «Il faut que quelque chose change
ici». Les choses ont-elles changé? Votre pays a connu des heures douloureuses,
que l’Église suit avec attention: divisions, injustices, misère, chômage,
éléments qui sont source de profonde inquiétude pour le peuple. Je demande au
Seigneur de mettre au cœur de tous les Haïtiens, notamment des personnes qui ont
une responsabilité sociale, le courage de promouvoir le changement et la
réconciliation, afin que tous les habitants du pays aient des conditions de vie
dignes et qu’ils bénéficient des biens de la terre, dans une solidarité toujours
plus grande. Je ne peux oublier ceux qui sont obligés d’aller dans le pays
voisin pour subvenir à leurs besoins. Je souhaite que la Communauté
internationale poursuive et intensifie son soutien au peuple haïtien, pour lui
permettre de prendre toujours davantage en main son avenir et son
développement.
Parmi les soucis présentés dans vos rapports quinquennaux, il y a la
situation de la structure familiale, rendue instable en raison de la crise que
traverse le pays, mais aussi de l’évolution des mœurs et de la perte progressive
du sens du mariage et de la famille, mettant sur le même plan d’autres formes
d’union. C’est en grande partie à partir de la famille que la société et
l’Église se développent. Votre attention à cet aspect de la vie pastorale est
donc fondamentale, car il s’agit du lieu primordial d’éducation de la jeunesse.
«La famille chrétienne, parce qu’elle est issue d’un mariage, image et
participation de l’alliance d’amour qui unit le Christ et l’Église, manifestera
à tous les hommes la présence vivante du Sauveur dans le monde et la véritable
nature de l’Église, tant par l’amour des époux, leur fécondité généreuse,
l’unité et la fidélité du foyer, que par la coopération amicale de tous ses
membres» (Concile Vatican II, Gaudium et spes, n. 48). Je vous encourage
donc à soutenir les époux et les jeunes foyers par un accompagnement et une
formation toujours plus appropriés, leur enseignant aussi le respect de la
vie.
Dans votre ministère épiscopal, les prêtres occupent une place de choix. Ils
sont vos premiers collaborateurs. En étant attentifs à leur formation
permanente, en ayant avec eux des relations fraternelles et confiantes, vous les
aiderez à exercer un ministère fécond, les invitant aussi à s’abstenir
d’engagements politiques. Il importe que soient organisées régulièrement des
rencontres entre les prêtres, pour qu’ils fassent une expérience tangible du
presbytérium et qu’ils se soutiennent par la prière. Portez mes salutations
affectueuses à tous vos prêtres; je connais la fidélité et le courage dont ils
doivent faire preuve pour vivre dans des situations souvent difficiles. Qu’ils
fondent leur apostolat sur leur relation au Christ, sur le mystère eucharistique
qui nous rappelle que le Seigneur s’est donné totalement pour le salut du monde,
sur le sacrement du pardon, sur leur amour de l’Église, portant par leur vie
droite, humble et pauvre un témoignage éloquent de leur engagement
sacerdotal.
Vous êtes attentifs à la pastorale des vocations et à la formation des jeunes
qui se présentent et pour lesquels il faut effectuer un discernement profond.
Pour cela, vous recherchez des équipes de formateurs pour vos séminaires. Je
vous invite à envisager avec les épiscopats d’autres pays la mise à disposition
de formateurs expérimentés, ayant une vie sacerdotale exemplaire, pour
accompagner au long des différentes étapes de leur formation humaine, morale,
spirituelle et pastorale, les futurs prêtres dont vos diocèses ont besoin.
L’avenir de l’Église en Haïti en dépend. Puissent des Églises locales entendre
cet appel et accepter de faire le don de prêtres pour vous aider dans la
formation des séminaristes, selon l’esprit de l’encyclique Fidei donum;
ce sera pour elles aussi une ouverture, une richesse et une source de nombreuses
grâces.
Les écoles catholiques, malgré leurs faibles moyens, jouent un rôle important
en Haïti; elles sont appréciées par les Autorités et par la population. Je rends
grâce pour les personnes engagées dans la belle mission de l’éducation de la
jeunesse. Portez-leur mes salutations chaleureuses. À travers l’enseignement,
c’est la formation et la maturation des personnalités qui se réalisent, par la
reconnaissance des valeurs essentielles et par la pratique des vertus; c’est
aussi une conception de l’homme et de la société qui se transmet. L’École
catholique est un lieu important d’évangélisation, par le témoignage de vie
donné par les éducateurs, par la découverte du message évangélique ou par les
célébrations vécues au sein de la communauté éducative. Faites savoir aux jeunes
Haïtiens que le Pape a confiance en eux, qu’il connaît leur générosité et leur
désir de réussir leur vie, que le Christ les appelle à une existence toujours
plus belle, se souvenant que Lui seul est porteur du véritable message de
bonheur et donne tout son sens à l’existence. Oui, vos jeunes sont pour moi
motif de joie et d’espérance. Un pays qui veut se développer, une Église qui
veut être plus dynamique, doivent d’abord faire porter leurs efforts sur la
jeunesse. Il vous revient aussi de stimuler la formation des laïcs adultes, pour
qu’ils puissent remplir toujours mieux leur mission chrétienne dans le monde et
dans l’Église.
Chers Frères dans l’Épiscopat, au terme de cette rencontre, je tiens à
exprimer à nouveau ma proximité spirituelle avec l’Église en Haïti, priant le
Seigneur de lui donner la force pour sa mission. Qu’il me soit permis de saluer
aussi le travail des religieux, des religieuses et des bénévoles, souvent
engagés auprès des plus pauvres et des plus déshérités de la société, montrant
que, en luttant contre la pauvreté, on lutte aussi contre de nombreux problèmes
sociaux qui en dépendent. Puissent-ils être soutenus par tous dans cette tâche.
À chacun de vous, j’accorde de grand cœur une affectueuse Bénédiction
apostolique, ainsi qu’aux prêtres, aux personnes consacrées et à tous les
fidèles laïcs de vos diocèses.
S.S. Benoit XVI Cité du Vatican
13 mars 2008
Note:
Visite "ad limina": Du latin ad limina apostolorum ("au seuil [des basiliques] des apôtres"), désigne la visite que chaque évêque fait tous les cinq ans au Saint-Siège. Cette visite est d'abord un pèlerinage sur les tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul. Elle permet également de renforcer les liens avec le Saint-Siège.
Date de création: 13 mars 2008 Dernière mise à jour: 6 mars 2011