Chers Frères et Sœurs, Chers Compatriotes,
1. Salutation
C’est avec un sentiment de profonde solidarité que
nous, Evêques d’Haïti, réunis en Assemblée Plénière sous la mouvance de l’Esprit
Saint, soucieux de faire route avec vous, vous saluons et vous présentons ces
réflexions, à la veille des élections que va tenir notre pays.
2.
Les Elections sont notre Affaire
Aujourd’hui, nous faisons encore mémoire du
Bicentenaire de l’Indépendance, où nous souhaitions célébrer le don de la
liberté et rejeter toute forme d’oppression. Nous allons bientôt déboucher sur
des élections dans l’ensemble du territoire national et à tous les niveaux, des
collectivités territoriales (ASEC, CASEC, MAIRIE) aux législatives et à la
présidentielle. Nous allons remettre notre destinée de peuple et de nation entre
les mains d’hommes et de femmes que nous aurons choisis. C’est une entreprise
nécessaire, mais qui comporte un grand risque. Accueillant et acceptant
volontiers l’accompagnement de la Communauté Internationale, nous n’entendons
pas que quiconque s’impose à nous en nous imposant quoi que ce soit. Les
élections sont, avant tout, notre affaire.
3. Un Tournant Obligé
de l’Histoire
Ces élections interpellent la conscience
individuelle et collective et exigent des choix judicieux. Il s’agit là d’un
enjeu important dont dépendent l’avenir du pays et le changement tant souhaité
par les uns et les autres. Beaucoup hésitent encore à s’y engager. Nous croyons
cependant que c’est la voie normale et légitime pouvant aider à établir un Etat
de droit. Aussi, vous encourageons-nous, chers Compatriotes, à exercer vos
prérogatives en allant aux urnes. Ce tournant de l’histoire nous y oblige. Pour
cela, il est nécessaire que les conditions d’une authentique sécurité soient
assurées et garanties.
4. Droits et Devoirs Citoyens
Les Citoyens ont le droit et le devoir de choisir
leurs dirigeants, de participer à l’organisation de la vie nationale et
d’exercer un juste contrôle de la chose publique. Ainsi, le Bien Commun est
promu avec plus d’authenticité. A cet égard, l’Eglise reconnaît qu’il appartient
en propre à ses membres laïcs, d’intervenir directement et activement en
politique. «C’est l’une des formes les plus hautes de la charité» disait Paul
VI. Noble tâche, en effet, qui consiste à procurer à tous et à chacun ce qui est
nécessaire à leur épanouissement! Qu’est-ce donc, en effet, que le Bien Commun,
si ce n’est, d’après le Concile Vatican II, «l’ensemble des conditions de vie
sociale qui permettent aux citoyens, aux familles et aux groupements de
s’accomplir plus complètement et plus facilement.» (Gaudium et Spes, No. 74)
5. L’Intervention de l’Eglise
L’Eglise, quant à elle, a le droit et le devoir
d’intervenir en la matière, parce que, de sa nature, elle est au service de
l’homme, pour éclairer et baliser sa route. Elle a aussi le devoir de former les
consciences, de rappeler à chacun sa dignité d’être créé à l’image de Dieu, aux
droits inaliénables. Elle le fait à l’aide des principes évangéliques et de son
propre enseignement social.
6. Principes Généraux
Voici quelques principes d’ordre général, permettant
d’analyser et d’évaluer les orientations qui se dessinent et les programmes qui
sont proposés:
Le respect de la personne humaine dans ses
prérogatives
Le souci du Bien Commun
Le devoir de voter
Le sens de l’honneur et de la parole donnée qui
proscrit le mensonge
L’honnêteté et l’intégrité, qui interdisent la
gabegie, les dilapidations, la corruption
Le sens civique et patriotique qui fait placer le
capital humain au-dessus de tout bien matériel, l’intérêt collectif au-dessus
des intérêts particuliers, même légitimes.
7. Les Acteurs de la
Scène
Le pays a besoin de femmes et d’hommes compétents
qui connaissent le terrain, c’est-à-dire, les besoins réels du pays et les défis
à relever, des hommes et des femmes rassembleurs, et qui ont une vision comme
boussole : des visionnaires et des pacificateurs. Voici quelques critères de
discernement concernant les différents acteurs qui évoluent sur la scène
nationale :
8. Les Electeurs
Electeurs, vous êtes les acteurs principaux des
joutes électorales. Vous ne devez pas donner votre confiance aux candidats qui
n’offrent pas la garantie de travailler au bénéfice du peuple. Qui
sont-ils?
Ceux qui n’ont pas fait leur preuve sur le
terrain;
ceux qui ne présentent pas un programme cohérent,
réaliste, répondant aux besoins du pays;
ceux qui promettent monts et merveilles et qui ne
dévoilent pas les moyens concrets de les réaliser;
ceux dont on ne peut vérifier l’honnêteté, malgré
leurs beaux discours;
ceux qui s’arrogeraient le droit d’acheter votre conscience ou de profiter de votre misère, en vous offrant de l’argent, des
boissons ou de faveurs.
Electeurs, vous êtes sur la scène électorale les
maîtres du jeu. N’acceptez ni de vendre, ni de négocier votre vote. Que votre
choix soit libre, personnel et conséquent.
9. Les
Candidats
C’est un droit civique dont vous jouissez de
postuler les postes électifs, afin de servir votre pays en lui offrant le
meilleur de vous-mêmes pour l’aider à se développer, grandir et prospérer.
Cependant, cela entraîne un impérieux devoir auquel vous ne pouvez pas vous
dérober : celui de cultiver le patriotisme et de respecter les consciences de
vos électeurs potentiels, leur vote et, surtout, la confiance qu’ils placent en
vous.
Vous aurez double intérêt à en arriver à des
regroupements même au prix de coûteux renoncements. Tout d’abord, cela
faciliterait le choix des électeurs, ensuite vous éviterait la nuisible
dispersion des voix. Ainsi, pour rendre les élections moins laborieuses, nous
vous recommandons d’effectuer des alliances ou regroupements de partis à
orientations similaires, suite à un dialogue empreint de patriotisme, non de
simples alliances de circonstance ou simplement conjoncturelles, mais
pragmatiques, basées sur la raison.
10. Le Climat de Sécurité
Il faut un climat propice au bon déroulement des
opérations électorales, de la phase des inscriptions à la proclamation des
résultats issus des urnes. Plusieurs forces sont en présence dont dépend la
sécurité indispensable à ces exercices.
11. Le CEP
A vous, membres du Conseil Electoral Provisoire,
triés sur le volet par les Institutions que vous représentez, en dépit des
limites tangibles du Décret Electoral, nous apportons notre appui et vous
recommandons de ne pas vous départir de l’honnêteté, de la probité et de la
neutralité, garantes de votre crédibilité.
12. Le
Gouvernement
Tout d’abord, il revient au Gouvernement de mettre
tout en œuvre pour assurer le bon déroulement des élections. Nous demandons à
vous, membres du Gouvernement, de contrer de façon rationnelle et efficace,
cette insécurité récurrente et galopante. La Nation est en droit de réclamer de
vous, membres du Gouvernement, une définition claire et nette des différents
rôles des forces présentes sur le territoire national.
13. Ceux
qui utilisent la violence
A vous qui utilisez la violence pour intimider les
électeurs et les candidats, à quelque bord que vous appartenez, il vous est fait
obligation citoyenne de respecter l’opinion d’autrui et ses prises de position,
ainsi que l’exercice de ses droits imprescriptibles. Ne cherchez pas à renforcer
la confusion et la peur, la situation est déjà plus que chaotique. Vos droits
finissent là où commencent les droits des autres, de ceux-là mêmes dont vous ne
partagez pas les convictions ou l’engagement. De grâce, déposez les armes !
14. La Police Nationale
Nous vous exhortons, vous les membres de la Police
Nationale, à exercer votre devoir de citoyens, en faisant preuve d’un
professionnalisme exemplaire, en évitant toute attitude partisane, et en vous
évertuant à vous honorer de la pleine démonstration de votre devise : « Protéger
et Servir, » par votre courage, votre bravoure, votre maîtrise de soi.
15. La Minustah
Quant à vous, membres de la Minustah, membres de ces
forces étrangères sur notre sol, on nous a toujours dit que vous étiez là pour
accompagner notre Police, dans le maintien de la paix. Dans notre esprit, cela
veut aussi dire, accompagner dans la construction de cette paix. Nous vous
recommandons concertation et bonne entente avec la Police Nationale, dans le
respect des lois du pays.
Conclusion
Chers frères et sœurs, Chers Compatriotes,
16.- L’enjeu est de taille. L’avenir du pays en
dépend. Tous nos efforts humains sont nécessaires et légitimes, mais limités.
Seul le secours qui vient d’en haut nous permettra d’atteindre notre objectif.
Car, si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs ; si le
Seigneur ne garde la cite, en vain veille la garde. Ps 127,1.
17. Aussi, invitons-nous nos fidèles et tous les
hommes de bonne à s’unir, en communion avec nous, dans une chaîne de prière, en
cette période particulièrement délicate de la vie nationale. Nous implorons
l’intercession de Marie, Mère du Perpétuel Secours, Patronne d’Haïti, pour
qu’elle nous accompagne et veille sur nous.
18. Donné au Siège de la Conférence Episcopale
d’Haïti, le vendredi 8 avril 2005
Par les Evêques de la Conférence Episcopale
d’Haïti.
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Mgr Louis N. Kébreau SDB
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Evêque de Hinche, Président de la CEH
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Mgr Yves Marie Péan CSC,
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Evêque des Gonaïves,
Vice-président de la CEH
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Mgr Joseph Lafontant
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Evêque Auxiliaire de
Port-au-Prince Secrétaire Général de la CEH
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Mgr Joseph Serge Miot
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Archevêque Coadjuteur de
Port-au-Prince, Administrateur Apostolique Sede Plena
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Mgr Emmanuel Constant
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Evêque Emérite des Gonaïves, Conseiller Général de la CEH
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Mgr François W. Ligondé
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Archevêque de
Port-au-Prince Conseiller Général de la CEH
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Mgr Hubert Constant OMI
|
Archevêque du Cap-Haïtien
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Mgr Willy Romélus
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Evêque de Jérémie
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Mgr Frantz
Colimon
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Evêque de Port-de Paix
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Mgr. François Gayot SMM
|
Archevêque Emérite du
Cap-Haïtien
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|
Mgr Pierre A. Dumas
|
Evêque Auxiliaire de
Port-au-Prince
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Mgr Guire Poulard
|
Evêque de Jacmel
|
|
Mgr Alix Verrier
|
Evêque des Cayes
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|
Mgr Chibly Langlois
|
Evêque de Fort-Liberté
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|
Mgr Pierre-Antoine Paulo OMI
|
Evêque Coadjuteur de
Port-de-Paix
|
|
Mgr Simon P. Saint-Hillien, CSC
|
Evêque Auxiliaire
de Port-au-Prince
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