Ti Sentaniz danse contre la domesticité

Texte reçu le 30 janvier 2012

Par Robenson D’Haïti

« Merveilleux, d’une brillance rare », tels sont les propos des spectateurs avisés ayant assisté au spectacle intitulé, ’’ Ti Sentaniz en Spectacle de danse’’ à l’auditorium de Sainte Rose de Lima. Le titre évoque bien le parcours du personnage à travers les différentes formes artistiques.

 

Qui ne connait pas Ti Sentaniz ?

S’il est vrai que l’on est bien servi que par soi-même, chacun voudrait avoir un enfant qui n’est pas le sien à son service. Donc, nul ne peut prétendre ne pas connaître Ti Sentaniz. Ce personnage de fiction créé par l’audienceur Maurice Sixto a l’avantage de devenir aujourd’hui une arme contre la domesticité. Un outil de sensibilisation ! D’où son adaptation au cinéma et en bande dessinée. Il ne restait plus que de tenir le pari au niveau de la danse. Un pari risqué: l’éducation par l’art.

Le chorégraphe Hugue Hamilton Dupiton s’est mis à l’épreuve le samedi 28 janvier. Le projet inquiétait la dépositaire des œuvres de Maurice Sixto, Gertrude Séjour : « J’ai eu peur. Franchement, j’ai eu la trouille ».

Une appréhension fondée. Car, mettre en discours le corps pour illustrer les calamités de Ti Sentaniz et le burlesque de la mère de Chantoutou, cela relevait vraiment d’un défi. Mais, la chorégraphie a été réglée avec maestria. Au fait, c’était un spectacle entre danse et théâtre.

Tous les acteurs étaient à la hauteur du récit et laissaient leurs corps s’exprimer amplement pour prêter vie et folie aux personnages. Sa-Nwey-Dja Toussaint, Pierre Primitif, Enoue Dimanche, Kymmarha Confident, Cyprien Maxi, Sénatus Soraya, Kenya Dunois émerveillaient le public. Cependant, le montage chorégraphique misait beaucoup plus sur la maman de Chantoutou, interprétée par la danseuse Jessica Saint Dic dont le corps a complètement épousé la voix de Maurice Sixto.

Les mouvements des danseurs ont dessiné, étape par étape, les séquences du récit. La diction corporelle de Cyprien Maxi jouant le rôle du père de Sentaniz a été remarquable. Sa gestuelle articule dans les moindres détails le chaos dans lequel vit sa famille, et qui l’oblige à confier sa fille de (9) neuf ans en domesticité.

>La route de la domesticité est longue et a la tête dure. A la fin du spectacle, Ti Sentaniz a adressé un message au public; « Pa lage-m nan wout » L’esclave ne peut espérer que l’esclavage sera meilleur, plus humain demain. Il faut qu’il n’y ait plus de Ti Sentaniz ; mais chacun veut faire de son enfant une Chantoutou. Or, l’une n’existe pas sans l’autre. Fort de cette concomitance, l’enfance en Haïti n’est-elle pas à repenser ?

Robenson D’Haïti