Réhabilitation de l’Armée: Intervention du Lieutenant-Général Prosper Avril

Contrairement à nos habitudes, nous publions le texte suivant paru dans le quotidien Le Nouvelliste avec la permission de l’auteur, Lieutenant-Général Prosper Avril, ancien président provisoire d’Haiti du 18 septembre 1988 au 10 mars 1990 pour son contenu historique. Le processus de réhabilitation de l’armée d’Haiti débutée ce mois a déjà suscité bien des commentaires. L’initiative est applaudie par certains et dénoncée par d’autres…

Par Prosper Avril

Prosper Avril durant la veillée funèbre de Jean-Claude Duvalier, le octobre 2014. Photo AP / Dieu Nalio CheryCependant, de nos jours, beaucoup de mes concitoyens font encore état de leurs préoccupations concernant cette décision. Ils évoquent généralement, à ce propos, deux craintes majeures: celle d’une résurgence du phénomène des coups d’État militaires qui ont traumatisé le pays dans le passé, et celle de voir réapparaître des cas de violation des droits des citoyens de la part de certains militaires dans l’accomplissement de leurs tâches (Lame koudeta, lame kraze zo).

Une armée sans mission, a dit récemment un officiel américain en visite dans le pays, est susceptible de se transformer en un atelier de démons. Cette pensée tout à fait judicieuse devait être considérée comme un conseil salutaire.

L’absence d’une mission bien définie ou l’attribution d’une mission nocive à une force armée aura certainement des conséquences néfastes sur le comportement de ses membres.

Une nation armée?

Cette semaine, la Police Nationale et des membres de la Minustah exhibèrent, à l’Académie de police, quelques armes à feu avant de les détruire. Certaines furent si rouillées et mutilées qu’on serait tenté de se demander à quoi servirait vraiment leur destruction. Mais là n’est pas la question. On devrait plutôt se demander quand Haiti est devenue une nation si armée et pourquoi.

Des armes illégales exhibées
le mardi 11 juillet.
(AP Photo/Dieu Nalio Chery)

Septième Symposium International Annuel sur la Spiritualité et Santé Mentale du Centre de Spiritualité et de Santé Mentale (CESSA) et de l’Université Notre-Dame d’Haïti (UDNH): 16-18 Juin 2017

Texte reçu le 16 juin 2017

Thème :

♦ Raviver la Résilience dans un pays traumatisé : Développer les compétences des personnes et consolider les capacités des communautés

∈∈ Propos d’introduction ∋∋


Chers participants,
Chers intervenants,

J’ai l’honneur et le privilège de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue à ce septième symposium international sur la santé mentale et spiritualité de l’Université Notre-Dame (UNDH) du Centre de Spiritualité et de Santé Mentale (CESSA). En effet, ce symposium annuel international, qui se déroule, cette année encore, à l’hôtel Montana, en ce week-end du 16 au 18 juin 2017, inaugure une réflexion scientifique solide sur la dyade trauma-résilience, dans le contexte d’Haïti. D’où la formulation du thème : « Raviver la Résilience dans un pays traumatisé : Développer les compétences des personnes, consolider les capacités des communautés ».Dans un pays de catastrophes de toutes sortes : catastrophes climatiques, politiques, écologiques et psychiques comme Haïti, un colloque sur cette thématique arrive, bien évidemment, à point nommé.

Haïti, notre pays, est un pays marqué d’événements traumatiques massifs et soudains : catastrophes, cataclysmes, séismes, cyclones, accidents, violence, etc. C’est aussi une nation où les concitoyens sont continuellement confrontés à l’effroi, à des expériences de chaos et de mort, sont exposés, de façon répétée, à des contextes de vie destructeurs et avilissants.

Haïti a besoin d’un miracle

Le miracle devra se manifester sous la forme
d’un grand réveil de la conscience collective

Depuis quelques décennies Haïti se dirige vers les bords d’un précipice. Aujourd’hui, elle y est, piégée par les spéculations douteuses des uns et des autres sur son destin. Haïtiens, nous sommes aujourd’hui tiraillés par notre loyauté à ce lopin de terre, legs de nos ancêtres, la recherche, à titre individuel, d’un lendemain meilleur sous d’autres cieux, et un conformisme dans notre pays d’accueil, une fois parvenu à ce but.

Ceux qui n’ont aucune attache ombilicale ou ancestrale au pays, et qui détiennent pourtant dans leurs mains son destin sont motivés uniquement par leurs propres intérêts ou ceux de leurs pays. L’épuisement du sol, la corruption généralisée, l’avilissement des moeurs, l’injustice flagrante qui ne révolte plus sont les moindres de leurs préoccupations. Ils savent qu’ils détiennent des atouts et peuvent surtout à tout moment faire chanter ceux d’entre nous qui auraient tendance à afficher une trop grande liberté ou une certaine empathie pour le peuple en développant, pour leur bénéfice, un projet de société.

De la gêne à la honte

Entrée de Guy Philippe et des insurgés à Port-au-Prince, le 1er mars 2004. Photo de Joe Raedle/Getty Images
Guy Philippe accueilli en héros à Port-au-Prince,
le 1er mars 2004.
Photo de Joe Raedle/Getty

Imaginez Guy Philippe entrant à Port-au-Prince à la tête de l’insurrection qui a précipité la décision de quelques membres influents de la communauté internationale d’orchestrer un second coup contre le président d’alors!

Imaginez-le, comme il était très courant durant les deux décades précédant l’occupation américaine, se présentant au Parlement haïtien pour recueillir ses lauriers et recevoir l’écharpe présidentielle!

Imaginez-le aujourd’hui croupissant dans une prison fédérale des États-Unis sous l’accusation de blanchiment d’argent provenant du trafic illégal de stupéfiants et passant aux aveux!

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