Notre Blog: Archives des textes d'opinion

Une nation armée?

Cette semaine, la Police Nationale et des membres de la Minustah exhibèrent, à l’Académie de police, quelques armes à feu avant de les détruire. Certaines furent si rouillées et mutilées qu’on serait tenté de se demander à quoi servirait vraiment leur destruction. Mais là n’est pas la question. On devrait plutôt se demander quand Haiti est devenue une nation si armée et pourquoi.

Des armes illégales exhibées
le mardi 11 juillet.
(AP Photo/Dieu Nalio Chery)

Septième Symposium International Annuel sur la Spiritualité et Santé Mentale du Centre de Spiritualité et de Santé Mentale (CESSA) et de l’Université Notre-Dame d’Haïti (UDNH): 16-18 Juin 2017

Texte reçu le 16 juin 2017

Thème :

♦ Raviver la Résilience dans un pays traumatisé : Développer les compétences des personnes et consolider les capacités des communautés

∈∈ Propos d’introduction ∋∋


Chers participants,
Chers intervenants,

J’ai l’honneur et le privilège de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue à ce septième symposium international sur la santé mentale et spiritualité de l’Université Notre-Dame (UNDH) du Centre de Spiritualité et de Santé Mentale (CESSA). En effet, ce symposium annuel international, qui se déroule, cette année encore, à l’hôtel Montana, en ce week-end du 16 au 18 juin 2017, inaugure une réflexion scientifique solide sur la dyade trauma-résilience, dans le contexte d’Haïti. D’où la formulation du thème : « Raviver la Résilience dans un pays traumatisé : Développer les compétences des personnes, consolider les capacités des communautés ».Dans un pays de catastrophes de toutes sortes : catastrophes climatiques, politiques, écologiques et psychiques comme Haïti, un colloque sur cette thématique arrive, bien évidemment, à point nommé.

Haïti, notre pays, est un pays marqué d’événements traumatiques massifs et soudains : catastrophes, cataclysmes, séismes, cyclones, accidents, violence, etc. C’est aussi une nation où les concitoyens sont continuellement confrontés à l’effroi, à des expériences de chaos et de mort, sont exposés, de façon répétée, à des contextes de vie destructeurs et avilissants.

Haïti a besoin d’un miracle

Le miracle devra se manifester sous la forme
d’un grand réveil de la conscience collective

Depuis quelques décennies Haïti se dirige vers les bords d’un précipice. Aujourd’hui, elle y est, piégée par les spéculations douteuses des uns et des autres sur son destin. Haïtiens, nous sommes aujourd’hui tiraillés par notre loyauté à ce lopin de terre, legs de nos ancêtres, la recherche, à titre individuel, d’un lendemain meilleur sous d’autres cieux, et un conformisme dans notre pays d’accueil, une fois parvenu à ce but.

Ceux qui n’ont aucune attache ombilicale ou ancestrale au pays, et qui détiennent pourtant dans leurs mains son destin sont motivés uniquement par leurs propres intérêts ou ceux de leurs pays. L’épuisement du sol, la corruption généralisée, l’avilissement des moeurs, l’injustice flagrante qui ne révolte plus sont les moindres de leurs préoccupations. Ils savent qu’ils détiennent des atouts et peuvent surtout à tout moment faire chanter ceux d’entre nous qui auraient tendance à afficher une trop grande liberté ou une certaine empathie pour le peuple en développant, pour leur bénéfice, un projet de société.

De la gêne à la honte

Entrée de Guy Philippe et des insurgés à Port-au-Prince, le 1er mars 2004. Photo de Joe Raedle/Getty Images
Guy Philippe accueilli en héros à Port-au-Prince,
le 1er mars 2004.
Photo de Joe Raedle/Getty

Imaginez Guy Philippe entrant à Port-au-Prince à la tête de l’insurrection qui a précipité la décision de quelques membres influents de la communauté internationale d’orchestrer un second coup contre le président d’alors!

Imaginez-le, comme il était très courant durant les deux décades précédant l’occupation américaine, se présentant au Parlement haïtien pour recueillir ses lauriers et recevoir l’écharpe présidentielle!

Imaginez-le aujourd’hui croupissant dans une prison fédérale des États-Unis sous l’accusation de blanchiment d’argent provenant du trafic illégal de stupéfiants et passant aux aveux!

Thierry Gardère! René Garcia Préval! Chapeau!

Après une longue période où les jugements étaient obscurcis par le marathon électoral et où, plus près de nous, les esprits étaient préoccupés par la préparation des bacchanales associées au carnaval et le défilé des jours gras, les Haïtiens se sont réveillés ce mercredi des cendres, et constatent avec amertume que la dure réalité du pays ne s’était point dissipée.

  • La misère est aussi tenaillante pour la grande majorité.
  • Les mœurs sont aussi dissolues, et les jeunes filles aussi vulnérables face aux prédateurs sexuels.
  • Les rues de Port-au-Prince sont encore jonchées de détritus.
  • Les politiciens sont aussi inconscients de leur rôles et responsabilités et sont tout aussi prêts à se courber devant les puissants de l’international ou à se prostituer aux plus offrants, même quand l’offre va à l’encontre des intérêts nationaux.
  • Le nouveau président qui, le 24 février, avait officiellement présenté à la nation son premier ministre désigné, n’a toujours pas la garantie que ce dernier passera l’épreuve parlementaire.

Ils étaient toutefois loin de penser que deux piliers de la société allaient tirer leur révérence de façon inopinée.

 
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