Haïti a besoin d’un miracle

Le miracle devra se manifester sous la forme
d’un grand réveil de la conscience collective

Depuis quelques décennies Haïti se dirige vers les bords d’un précipice. Aujourd’hui, elle y est, piégée par les spéculations douteuses des uns et des autres sur son destin. Haïtiens, nous sommes aujourd’hui tiraillés par notre loyauté à ce lopin de terre, legs de nos ancêtres, la recherche, à titre individuel, d’un lendemain meilleur sous d’autres cieux, et un conformisme dans notre pays d’accueil, une fois parvenu à ce but.

Ceux qui n’ont aucune attache ombilicale ou ancestrale au pays, et qui détiennent pourtant dans leurs mains son destin sont motivés uniquement par leurs propres intérêts ou ceux de leurs pays. L’épuisement du sol, la corruption généralisée, l’avilissement des moeurs, l’injustice flagrante qui ne révolte plus sont les moindres de leurs préoccupations. Ils savent qu’ils détiennent des atouts et peuvent surtout à tout moment faire chanter ceux d’entre nous qui auraient tendance à afficher une trop grande liberté ou une certaine empathie pour le peuple en développant, pour leur bénéfice, un projet de société. En attendant, ils attisent les divisions ou en créent à l’occasion. Et Haïti perd sa balance aux bords du précipice.

L’idée d’une renaissance, d’un rajeunissement qui nous galvanisait dans les années ‘80 s’est étiolé depuis longtemps et notre esprit collectif se retrouve corrodé. Alors nous ne nous étonnons plus quand la moindre averse provoque des inondations un peu partout. Nous ne nous étonnons plus quand un ami, une connaissance devient l’énième victime d’un cambriolage ou tombe sous les balles assassines de malfrats. L’histoire d’une jeune fille de condition modeste victime d’un viol collectif ou d’un petit garçon devenu la proie des prédateurs de la Minustah ne nous émeut plus. Le tonnerre de la révolte gronde en nous quand seulement les flèches de notre décadence nous atteignent directement ou percent un membre un membre de notre famille. Alors, convertis en pèlerins, nous faisons le tour des stations de radio à l’heure des nouvelles du matin ou inondent les réseaux sociaux de nos lamentations.

Aux bords du précipice, Haïti a besoin en toute urgence d’un miracle. Un miracle qui nous permettra de contrôler son espace géographique. Un miracle qui lui donnera une certaine vigueur. Un miracle qui lui donnera une armature économique. Un miracle qui mettrait fin à cette interminable transition historique même quand il faudrait renoncer à “certaines amitiés”, à “certains partenariats”, enfin un miracle qui nous permettrait de revenir à certaines valeurs traditionnelles et morales.

Nous ne parlons pas de ces miracles qui violent les lois de la nature. Nous avons à l’esprit ce phénomène pas nécessairement incroyable ou impossible mais qui relève de l’inattendu. Ce miracle ne sera pas attribué aux interventions d’un Être suprême. Nous avons trop prié pour, jeûné pour et espéré ce genre de miracle. Le miracle devra se manifester sous la forme d’un grand réveil de la conscience, cette fois collective, qui nous forcera à poser des actes qui projettent clairement cette essence de nous-mêmes dont l’épanouissement est entravé par les carcans de la corruption, de l’égocentrisme, de l’indiscipline et par notre tendance presque morbide à nous mettre à l’écoute des étrangers qui n’ont pas à coeur notre intérêt. De ce miracle, nous devrons être les catalyseurs et les principaux bénéficiaires.

Ce miracle arrivera quand nous refusons de nous enfermer sur nous-même et étendons notre conscience au-delà de notre caste, de nos cercles de copains, de nos préjugés malsains et de nos paralysantes mesquineries.

J.A.

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