6420.013.- Profil de Joseph Michel Martelly

Classification Histoire et Société

Joseph Michel Martelly, surnommé « Sweet Mickey » pendant ses années folles et avant d’entrer en politique, et pendant la campagne électorale « Tèt Kale », en raison de son crâne complètement chauve, naquit à Port-au-Prince le 12 février 1961. Son père, Gérard Martelly, un cadre de la compagnie pétrolière Shell dont les citernes se trouvaient à Thorland, résidait avec sa famille à Carrefour, alors une banlieue de Port-au-Prince, élevé depuis lors au rang de commune. Il fut inspiré dans le choix de la carrière qui le propulsa au-devant de la scène musicale durant la dernière décade du 20è siècle par sa mère, Madeleine Pradines (†22 octobre 2016)

Il passa son adolescence dans l’insouciance.

Après des études classiques peu brillantes dans quatre différentes institutions, sa tentative d’étudier la médecine se solda par un échec. Il s’enrôla brièvement à l’Académie militaire d’Haïti et abandonna son rêve, s’il en avait un, de devenir un officier supérieur de l’armée. Émigrant alors aux États-Unis il s’inscrit dans un de ces établissements communautaires post-secondaires (Community college) dans l’état de la Floride aux USA. Il revint en Haiti sans le brevet (Associate degree) décerné généralement par ces institutions.

Adulte, il n’eut pour seul bagage que ses instruments de musique et sa voix. Il était toutefois incapable alors, selon ses propres aveux, de déchiffrer une partition musicale. Interprétant d’abord les hits populaires de la chanson française, il ne tarda pas à se rendre compte du déclin de la musique populaire après l’engouement créé par les mini-jazz dans les années 70. Il rassembla autour de lui quelques musiciens et forma un groupe qui finit par être connu sous le vocable de Sweet Mickey, servant des plats musicaux épicés de salsa, du soca et de la nouveauté américaine, le hip-hop, agrémentés souvent de sauces aux goûts lubriques. Le peuple haïtien y trouva ses délices et fit de lui le chanteur le plus populaire d’Haïti, ce qui le poussa à s’auto-proclamer le « président du compas ».

Du « président du compas » au président de la République, personne n’y avait songé même quand les rumeurs couraient au début de l’été 2010 que le chanteur populaire, qui ne lésinait pas devant les moyens pour se faire remarquer allant jusqu’à adopter des postures désobligeantes pendant les défilés carnavalesques, allait se porter candidat à la présidence.

Il est vrai que Martelly pivotait dans la périphérie de la politique, la périphérie odieuse de la politique diraient certains. Il maintenait au début des années ’90 une étroite relation avec les forces réactionnaires qui, incapables de prendre le pouvoir par les voies électorales, se donnaient pour mission non seulement de saboter toutes les actions des secteurs démocratiques, mais surtout de les annihiler par la violence. Par ce, il devint une sorte de tête d’affiche pour ces forces devenues alors expertes en coups d’état sanglants, supportrices de régimes militaires qui ne cachaient jamais leur mépris pour les droits civiques et politiques de leurs concitoyens.

Ce fut donc ce Joseph Michel Martelly qui soumit, parmi 34 personnalités haïtiennes, dont 3 femmes, sa candidature à la plus haute magistrature de l’état en ce début d’été de l’année 2010. Plus d’uns ont ri à l’annonce de la nouvelle. Les rires se changèrent en rictus pourtant quand ses pièces et documents ont été acceptés par le Conseil Électoral faisant ainsi de lui un valide candidat.

Avec un programme ambitieux, mais esquissé seulement lors de la campagne électorale, le candidat Martelly se présenta alors comme le seul qui puisse vraiment arriver à rassembler les factions longtemps en conflit. Il est un rassembleur, disait-il, et connaît bien le peuple pour avoir “vécu avec lui”, “chanté et dansé avec lui”. Prônant l’inclusion, il promet alors d’investir dans le social et surtout d’éliminer la corruption en se dotant, une fois devenu le chef de l’exécutif, d’une équipe d’experts. Mais ce qui fit surtout sa fortune ce fut son parler sans fioritures et sans nuances. Le vernaculaire du quotidien du peuple qui se retrouvait en lui.

Martelly fut élu au deuxième tour des présidentielles qui eut lieu le 20 mars 2011. Pourtant les résultats préliminaires du premier tour le mettaient en troisième position après Jude Célestin. Il aurait dû être exclus du second tour. Il a été pourtant remis en selle par Hillary Clinton, alors secrétaire d’État américain, qui s’est rendu personnellement en Haiti, à la demande des puissants patrons du secteur privé, pour forcer le CEP d’alors à éclipser Jude Célestin en sa faveur(1), une action appuyée alors par l’OEA (2). Pour beaucoup d’Haïtiens ce fut un grand affront.

Ainsi, le politicien novice mais connu du public et surtout des jeunes, et aidé surtout du Département d’État américain, devint président d’Haiti. Il prêta le serment d’usage le 14 mai 2011, recevant l’écharpe présidentielle de son prédécesseur, René Garcia Préval.

  • Il avait un pays terrassé par le tremblement de terre de janvier 2010 à construire.
  • Il allait diriger un peuple qui croupissait dans une pauvreté abjecte.
  • Il avait hérité d’un système politique vulnérable dont les brèches tenaient lieu d’invitations à la corruption.

À la fin de son mandat, l’état lamentable du pays n’avait subi aucune modification. Les subventions des pays amis dont le Taiwan permettaient l’achèvement de quelques rares chantiers comme le palais de justice. La gourde continuait à se dévaloriser par rapport au dollar ce qui réduisit considérablement le pouvoir d’achat de la grande majorité. Et la corruption devenait si rampante dans son gouvernement et dans la société que Haiti se retrouvait toujours au bas du classement mondial de l’ONG Transparence Internationale. Le nom du président du 14 mai 2011 fut même associé à une affaire de pots-de-vin versés par les voisins Dominicains en échange de l’obtention de contrats juteux en Haïti.

Tout aurait dû commencer par l’éducation.

Le candidat Martelly avait fait de l’éducation une des quatre priorités de son mandat durant sa campagne. Devenu président, il annonça en effet la création d’un Fonds national pour l’éducation (FNE) financé principalement par la diaspora avec un prélèvement de US$1.50 sur les transferts à destination d’Haiti et une taxe de cinq centimes (US) sur les appels internationaux. Ce fonds, qui aurait ajouté annuellement 75 millions de dollars américains dans les caisses de l’État, aurait dû financer un Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO) et aurait permis à plus de 1,5 million d’enfants de se rendre à l’école aux frais de l’État. Une initiative louable. Malheureusement la mauvaise gestion du fonds, le manque de supervision, la cupidité de nombreux directeurs qui ont multiplié des écoles-bidons, ont fait échoué ce programme. De 2011 à 2016, le taux d’analphabétisme n’avait pas changé.

Devenu président, Martelly resta le bouffon vulgaire, humiliant parfois publiquement certains de ses ministres(3). Pire, et c’est ce qui révoltait des citoyens qui croyaient encore dans la noblesse de la fonction présidentielle, il continuait à faire usage en public des propos lubriques et avilissants envers surtout les femmes. Il ne manquait jamais l’occasion d’injurier ceux qui remettaient en question ses actes. Les journalistes qu’il n’arrivait pas à corrompre par des pots de vin furent sa cible préférée. Il les fustigeait avec des propos tantôt grivois tantôt dénigrants. Ce qui finalement révolta les consciences ce fut son déchaînement contre une citoyenne de Miragoâne qui lui reprochait de n’avoir pas tenu ses promesses envers la ville (4). Plusieurs membres du parti FUSION qui avaient intégré le cabinet ministériel formé en janvier 2015 démissionnèrent en signe de protestation(5).

De plus, ses nombreux voyages officiels à l’étranger sans grandes retombées économiques pour le pays, l’organisation des carnavals à raison de deux par année dans les premières années de son mandat, la multiplicité des membres de ses cabinets ministériels ont comprimé considérablement le budget national à tel point que son successeur à titre provisoire s’est plaint de trouver les finances de la République exsangues.

Il passa ses derniers mois au pouvoir à gérer une crise électorale engendrée par son refus d’organiser à temps des législatives partielles et les municipales. Il avait donc laissé expiré le mandat de la 49è législature (2011-2015), de 20 sénateurs et des maires issues des élections de 2006. Les maires ont été remplacés au fur et à mesure par des agents exécutifs intérimaires voués à sa personne et, à la caducité de la législature, il gouverna pendant le reste de son mandat par décret.

Le conseil électoral mis sur pied un an avant la fin de son mandat échoua complètement dans sa mission. Les élections qu’il organisa le 9 août et le 25 octobre furent contestées par la majorité des secteurs de la vie nationale. La démission de la moitié des conseillers électoraux, au début de l’année 2016, finit par détruire les vestiges de crédibilité de l’institution.

Devenu élément principal de la crise, le président qui jouait sa dernière carte essayait d’en être la solution. Il allait jusqu’à menacer, à une semaine de la fin de son mandat, de confisquer le pouvoir après le 7 février arguant qu’il ne remettrait l’écharpe présidentielle qu’à un élu. Il fit même usage de l’argent des contribuables pour entraîner le pays sur la voie de la violence en encourageant la mobilisation des anciens militaires dans le Plateau Central et l’idée de sécession de l’ancien insurgé Guy Philippe(5).

Il faut toutefois reconnaître que pendant ces cinq ans à la tête de l’exécutif, il a construit quelques infrastructures, donné un certain rayonnement au pays sur le plan international et fait ce qu’il pouvait, à travers une dynamique ministre du tourisme, pour relancer le secteur touristique. Il a réussi à attirer quelques investissements étrangers grâce surtout aux démarches de son deuxième premier ministre, Laurent Lamothe et lancé de programmes sociaux (principalement avec l’aide du fonds pétrocaribe.). Mais ces succès économiques ont été obscurcis par ses nombreux faux-pas sur le front politique.

Après son mandat présidentiel, il est redevenu le “Sweet Mickey” d’antan. Choquant dans ses attitudes. Irrévérencieux dans ses propos, comme dans ses méringues carnavalesques(7).

Martelly épousa Sophia Saint-Rémy. De cette union naquirent quatre enfants: Michel-Yani, Malaika-Michel, Michel-Alexandre, Michel-Olivier. Il a publié, pendant sa présidence une autographie, et forma un parti le Parti Haitien Tèt Kale (PHTK), qui domina la 50è législature.

≅ Notes:

  1. Johnston, Jake. “Clinton Emails Reveal “Behind the Doors Actions” of Private Sector and US Embassy in Haiti Elections.” The Center for Economic and Policy Research. Washington, DC, mis en ligne le 8 octobre 2015. Consulté le 19 février 2017.
    [http://cepr.net/blogs/haiti-relief-and-reconstruction-watch/clinton-emails-reveal-behind-the-doors-actions-of-private-sector-and-us-embassy-in-haiti-elections].
  2. Gaestel, Allyn, and Tom Brown. “OAS Experts Challenge Haiti Election Result: Report.”Reuters. Mis en ligne le 10 janvier 2011. Consulté le 19 février 2017.
    [http://www.reuters.com/article/us-haiti-elections-idUSTRE70969620110111].
  3. “‘Mon ministre de Communication est un menteur…’, la mauvaise blague de Martelly” Le Nouvelliste. Port-au-Prince, Haiti, mis en ligne le 9 septembre 2015. Consulté le 21 février 2017.
    [http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/149122/Mon-ministre-de-Communication-est-un-menteur-la-mauvaise-blague-de-Martelly]
    “Martelly et le ministre de la Communication” Le Nouvelliste. Port-au-Prince, Haiti, mis en ligne le 26 aout 2015. Consulté le 19 février 2017.

    [http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/148156/Des-femmes-sinsurgent-contre-les-propos-du-president-Martelly-a-Miragoane]
  4. “Des Femmes S’insurgent Contre Les Propos Du Président Martelly à Miragoâne.” Le Nouvelliste. Port-au-Prince, Haiti, mis en ligne le 4 août 2015. Consulté le 17 février 2017. [http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/149843/Martelly-et-le-ministre-de-la-Communication]
  5. Charles, Jacqueline. “Martelly’s Sexist Gaffe Leads to Cracks in Haitian Government.” Miami Herald. Miami Florida, mis en ligne le 7 août 2015. Consulté le 19 février 2017. [http://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/haiti/article30422523.html].
  6. “Haïti-Politique : Guy Philippe Menace De Reprendre Les Armes Dans Les Jours Qui Suivent !” Haïti-Politique : Guy Philippe Menace De Reprendre Les Armes Dans Les Jours Qui Suivent ! Haiti, mis en ligne le 25 janvier 2016. Consulté le 19 février 2017.
    [http://hpnhaiti.com/site/index.php/politique/17828-haiti-politique-guy-philippe-menace-de-reprendre-les-armes-dans-les-jours-qui-suivent].
  7. Dans sa meringue carnavalesque de l’année 2017 portant le titre Jounal 4 trè, il cible deux populaires journalistes, Liliane Pierre Paul de Radio Quisqueye et Jean Monard Métellus présentateur des émissions Ranmase et Intersection sur radio Caraïbes , 94.5 FM.

    En 2018, il fut interdit de participer dans les festivités carnavalesques organisées aux Gonaïves et à Jacmel. Participant au carnaval de Port-au-Prince, il défia l’ordre du comité carnavalesque de mettre fin au défilé à 4:00, en parcourant les rues de la capitale jusqu’à la mi-matinée accompagné d’hommes lourdement armés.

≅ Référence bibliographiques :

  • Brutus, Fred. Les 100 premiers jours de Martelly. [Pétion-Ville] : C3 Group/Éditions, 2011.
  • Daniel, Trenton. « I don’t care : A conversation with Michel ‘Sweet Michy’ Martely. Transition No. 91 (2002), pp. 88-104.
  • Dumas, Pierre-Raymond. La démocratie sous tutelle : chronique d’une élection présidentielle contestée, 2010-2011. Port-au-Prince, Haïti : [s.n.], 2015.
  • Livert, Waglet. Martelly au pouvoir : une réplique de la conscience révoltée. Port-au-Prince, Haïti : [s.n.], 2016.
  • Michel, André. L’Échec. Delmas, Haïti : C3 Editions, c2016.
  • Rébu, Himler. Michel Joseph Martelly, le défi. [Port-au-Prince] : H. Rébu, 2011.
  • Richardson, Joan. “Making education a right” The Phi Delta Kappan. Vol. 95, No. 8 (May 2014), pp. 76-77.

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Profil de René Préval

Date de création: 7 février, 2017
 Dernière mise à jour: 14 février 2018

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