2120.- La Primature en Haiti

Classification Politique et gouvernement

 

 

Le pouvoir exécutif se compose également du premier ministre, des ministres et des secrétaires d’état. Ceux-ci forment le gouvernement dont la fonction est de conduire les affaires du pays sous l’oeil vigilant des parlementaires.

Le premier ministre est le chef de gouvernement nommé par le président de la République et ratifié séparément par les deux chambres du Parlement.

Haïtien d’origine qui n’a pas renoncé, même temporairement, à sa nationalité, le premier ministre doit être âgé de 30 ans au moins, jouir de ses droits civils et politiques et surtout ne détenir aucun dossier criminel. Ses bureaux se nomment “La primature”.

La position du “Premier Ministre” a été créée en 1985, à travers un des amendements à la Constitution de 1983. Cet amendement fut approuvé par voix référendaire le 22 Juillet, sous le gouvernement de Jean-Claude Duvalier.

Quoiqu’un remaniement ministériel ait eu lieu à la fin de l’année 85, aucune nomination n’a été faite; ce qui fait de Mr. Martial Célestin, le premier “Premier Ministre” qu’ait connu Haiti. Il a été nommé par le président Leslie Manigat en Mars 1988 sous l’égide de la Constitution de 1987, et ratifié par le Parlement issu des élections du 17 Janvier 1988.

Son gouvernement n’a duré que quelques mois, puisque le 20 Juin de la même année, le gouvernement Manigat-Célestin fut victime d’un coup d’état fomenté par les Forces Armées d’Haiti. Ces dernières ramenèrent au pouvoir le général Henri Namphy, dont la nomination d’un premier ministre n’effleura même pas la pensée considérant la direction et la composition strictement militaire de son gouvernement qui mit en veilleuse la Constitution de 1987.

La Primature fut également inexistante durant les gouvernements du général Prosper Avril (18 Septembre 1988 – 10 Mars 1990) et de Mme. Ertha Pascal-Trouillot (14 Mars 1990 – 7 Février 1991).

René Préval, Premier ministre en 1991Elle refit son apparition dans le décor politique en 1991, avec la nomination de René Garcia Préval par le président Jean-Bertrand Aristide. Le 30 Septembre de la même année, un coup d’état mit virtuellement fin au gouvernement d’Aristide-Préval.

De la fin de 1991 au 15 Octobre 1994, date du retour en Haiti du président Aristide, se succédèrent trois premiers premiers ministres dont deux nommés par les bénéficiaires du coup d’état (Jean Jacques Honorat [11 Octobre 1991 – 19 Juin 1992] et Marc L. Bazin [19 Juin 1992 – 8 Juin 1993]) et un par le président en exil (Robert Malval [2 Septembre 1993 – Octobre 1994]).

A son retour d’exil en 1994, Aristide fit de Smarck Michel(1937-2012), un homme d’affaires, son premier ministre. Ce choix fut considéré par plus d’uns comme une mesure tendant à apaiser les riches membres du secteur privé qui avaient soutenu ouvertement le coup d’état du 30 septembre 1991, défendu la barbarie des militaires et voyaient dans le retour du président du 16 décembre une menace pour leur survie et le maintien du statut quo.

A nos jours, Haiti a connu 17 premiers ministres (Voir la liste). Les derniers en date sont les sieurs Jean Marie Chérestal, Yvon Neptune, Gérard Latortue, et Jacques Edouard Alexis ((nommé et ratifié deux fois), Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis, les sieurs Joseph Jean-Max Bellerive, Garry Conille et Salvador Lamothe.

Jean Marie Chérestal a été nommé à ce poste par le président Jean-Bertrand Aristide tout de suite après sa seconde investiture et ratifié par le Parlement haitien le 2 Mars 2001.

Objet d’attaques répétées de la part de plusieurs secteurs du pays dont certains membres de son propre parti, La Fanmi Lavalas, il avait fini par soumettre sa démission au président Aristide dans une lettre datée du 17 Janvier 2004.

Cette démission a été acceptée au conseil des ministres tenues quelques jours plus tard (21 Janvier).

Le 4 Mars, Yvon Neptune, alors président du Sénat de la République, fut désigné pour remplacer Jean Marie Chérestal. Un arrêté présidentiel entérinant la désignation a été publiée dans le journal officiel de la République, Le Moniteur, le lendemain.Yvon Neptune

Ratifié par le Parlement le 12 Mars, Neptune fut le 11ème citoyen haïtien à occuper ce poste (Voir la liste). Dès sa ratification, les observateurs estimèrent que sa tâche serait bien ardue considérant la situation de crise et l’impasse dans lesquelles se trouve Haiti. En effet, il a passé les deux années à la primature à essayer d’endiguer la crise née des élections de l’année et à négocier avec une opposition aussi farouche qu’obstinée. Après le départ d’Aristide, au dernier jour du mois de février 2004, on le retint à ce poste jusqu’à la nomination de son successeur. Il fut arrêté le 26 juin 2004, et croupit jusqu’à ce jour en prison. Les accusations portées contre lui sont extrêmement sérieuses, toutefois aucune preuve tangible n’a été présentée par ses accusateurs pour les appuyer.

Après le départ d’Aristide en février 2004, Gérard Latortue, un ancien chef de la diplomatie haïtienne sous l’éphémère gouvernement de Leslie Manigat (7 Février – 20 juin 1988), et un ancien cadre des Nations-Unies, fut nommé (9 mars 2004) par le conseil des Sages pour former un gouvernement intérimaire.Latortue

A son investiture, le 12 mars, beaucoup de ceux qui supportaient sa nomination, notamment ceux de la classe des affaires, croyaient qu’il créerait les conditions favorables pour une relance de la démocratie en Haiti, et endiguer l’insécurité. A la fin de son mandat cependant, les problèmes semblaient se multiplier.

A l’insécurité s’ajoutèrent une vague sans précédent de kidnapping, une corruption visqueuse, des problèmes d’électricité énervants et une inflation déconcertante. Latortue se retira tranquillement à Boca Raton où il vivait avant sa nomination.

Jacques Edouard AlexisQuand René Préval revint au pouvoir en 2006, il fit appel à Jacques Edouard Alexis comme premier chef de gouvernement de sa deuxième présidence. Alexis assuma cette fonction pour le seconde fois le 9 juin 2006. Dirigeant un gouvernement pluraliste composé des membres du parti du président René Préval, de ceux de FUSION, de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) et du parti de l’ancien président Aristide, Lavalas, il fut la cible de plusieurs secteurs qui l’accusaient de laxisme envers les membres du gouvernement provisoire de Gérard Latortue et son manque de détermination face aux crises qui enfoncèrent le pays. Les émeutes de la faim d’avril 2008 eurent enfin raison de lui. Il fut renvoyé le 12 avril 2008 par une simple motion de censure parlementaire.

Son successeur, Madame Michele Pierre-Louis (troisième personnage à être désigné à ce poste par le président après la motion de censure) avait été ratifiée le 3 septembre 2008 après que le président Préval eut essuyé les revers du parlement durant le processus de ratification de ses deux précédentes nominations. Des controverses autour de son orientation sexuelle avait failli déraillé le processus de sa ratification. Objet d’attaques de la part d’un secteur, elle démissionna le 30 octobre après que le Sénat de la république eut adopté tôt ce matin-là une motion de censure à son encontre. Elle fut immédiatement remplacée par son ministre de la planification, Joseph Jean-Max Bellerive.

Jean Max BelleriveCe dernier, désigné le 30 octobre 2009 par le président René Préval, fut ratifié moins d’une semaine, un record dans les annales des ratifications. Le gouvernement de Jean-Max Bellerive eut à faire face à une crise sans précédant dans l’histoire du pays suite au séisme dévastateur du 12 janvier 2010, et n’a pas su montrer le type de leadership qu’on espérait.

Démissionnaire la veille de l’investiture du président Joseph Michel Martelly, il liquida les affaires courantes et ne fut remplacé que quelques cinq mois plus tard quand approuva finalement le choix du nouveau président en la personne de de Gary Conille. Les deux premiers personnages désignés, Daniel Gérard Rouzier et Bernard Gousse, ont été rejetés par l’une ou l’autre des chambres du Parlement.

Désigné par le président Michel Joseph Martelly le 31 août 2011, Gary fut ratifié successivement par la Chambre des députés et par le Sénat le 16 septembre et le 4 octobre et son gouvernement entra en fonction le 15 octobre. Le 24 février 2012, il annonça au grand public qu’il avait présenté sa démission au président Martelly. Son successeur, Laurent Salvador Lamothe occupait la fonction de ministre des affaires étrangères sous son gouvernement.

Désigné le 1er mars 2012, le Sénat fut le premier à le ratifier (10 avril 2012) suivi plus de trois semaines plus tard par la chambre des députés (3 mai). Son énoncé de politique général reçut l’approbation des sénateurs et des députés respectivement le 8 et 14 mai. Il entra en fonction le 16 mai.

Travailleur infatigable, sa politique a été cohérente et consistance tout au cours de ses 941 jours passés à la tête de la primature. Il devint toutefois la victime de la politicaillerie aux contours catastrophiquement haïtiens et annonça aux premières heures du dimanche 14 décembre sa démission, répondant ainsi aux desiderata de plusieurs secteurs appuyés par une Commission présidentielle créée par le président au début du mois de décembre 2014.

Son ministre de la Santé publique, Dr Florence Duperval Guillaume, le remplaça à titre provisoire. Elle fut remplacée par le vétéran de la politique, Évans Paul. Nommé le 25 décembre 2015 il fut investi le 16 janvier 2015 sans une formelle approbation du parlement.

Enex Jean Charles

Aujourd’hui, le chef de gouvernement se nomme Enex Jean Charles.

Un bureaucrate qui a servi toutes les administrations sur une période de 12 ans, il occupe ce poste à titre provisoire selon un Accord politique pour la continuité institutionnelle signé un jour avant la fin du mandat du Président Joseph Martelly. Le 9 février, deux jours après l’investiture du nouveau président Jovenel Moise, il démissionna officiellement suivant, dit-il, une “courtoisie républicaine”. Il continua toutefois à liquider les affaires courantes jusqu’à l’investiture de son successeur.

Le premier ministre est, en Haiti, le chef du gouvernement alors que le président demeure le chef de l’Etat (Const. art. 133). Les deux, soutenus par les ministres et les secrétaires d’état partagent le pouvoir exécutif.

Pour être qualifié et devenir premier ministre, un ressortissant haïtien doit être un citoyen d’origine [Pour une définition de la nationalité d’origine, voir le Décret du 6 Novembre sur la nationalité haïtienne, publié par Le Moniteur No 78, Jeudi 8 Novembre. Texte également dans Code de lois usuelles p. 385], avoir accompli 30 ans, jouir de ses droits civils et politiques et n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive et infamante; être propriétaire en Haïti ou y exercer une profession; résider dans le pays depuis cinq (5) années consécutives; avoir reçu décharge de sa gestion (Const. art. 157).

Le premier ministre n’entre en fonction qu’après avoir présenté séparément devant les deux chambres du Parlement sa politique générale et recevoir de chacune un vote de confiance (Const. art. 158). Pourtant, certains premiers ministres ont été investi en dehors de ce processus. Les cas de Marc L. Bazin, de Robert Malval et de Gérard Latortue relèvent de ces exceptions, le parlement étant pratiquement inexistant ou bâillonné ou se réduisant à une dizaine de sénateurs, lors de leur nomination.

L’expérience de la Primature étant nouvelle sur la scène politique, les Haïtiens n’arrivent jusqu’à présent pas à comprendre et cerner toute sa portée et sa signification. Ses attributions (Voir: Const. art. 158-162) sont bien souvent confondues avec celles du président et vice-versa. La raison s’explique par le fait que le président a été pendant toute l’histoire du pays un chef d’état et un chef de gouvernement, donc l’unique personnage clé de l’exécutif.

On peut contacter le Premier Ministre Haïtien de la façon suivante:

Par la poste: Autres moyens:
Son Excellence Mr. Enex Jean-Charles
33, Boulevard Harry Truman
Port-au-Prince, HAITI
Téléphone: (509)22 21-0013
Télécopieur: (509) 22 45-1624
Telex: 0068 palais

E-mail: primature@primature.gouv.ht
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La présidence

Date de création: 2 janvier 2002
 Dernière mise à jour: 11 février 2017

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